J'ai eu le bonheur de vivre samedi une journée placée sous le signe du cinéma indépendant américain avec la programmation de trois films présentés cette année à la Quinzaine des cinéastes cannoise, preuve qu'un vent de fraicheur nouveau souffle de l'autre côté de l'Atlantique, que ce soit en matière de contenus mais aussi de modes de production. Avec par exemple la société Omnes Films qui rappelle le modèle des "génies" argentins d'El Pampero, puisque les fonctions y sont en quelque sorte interchangeables, les membres pouvant produire, réaliser, scénariser, monter, etc, selon les films. Illustration avec deux d'entre eux, ce "Noël à Miller’s Point" et "Eephus" : le réalisateur du premier produit le second tandis que le réalisateur du second se retrouve directeur photo sur le premier.
Concernant le film lui-même, comme l'indique son titre, Tyler Taormina y revisite un genre plus qu'essoré et on ne peut pas considérer qu'il révolutionne quoi que ce soit, respectant même des codes éculés tout y en injectant des dialogues qui rappellent son ancrage indé à la Woody Allen. La partie plus décalée et intéressante, plus proche des errances vaporeuses de son stimulant "Ham on Rye", est la seconde, où l'on perd enfin ses repères, où les personnages, très nombreux, apparaissent et disparaissent, leurs "petites" histoires de vie avec. Cet aspect non explicatif, ce choix de ne pas creuser les situations, l'absence de linéarité dans le récit sont clairement la force du film, là où son indépendance artistique est la plus marquée. Autre point qui nous dépayse : le casting où de nouvelles têtes en grande partie venues du théâtre côtoient des filles et fils de qui rappellent l'importance du Nouvel Hollywood pour Taormina & Co. Sans oublier la présence de Michael Cera, également producteur, dans un rôle tout droit sorti d'un Wes Anderson. En résumé c'est un film parfois déstabilisant mais aussi et trop souvent convenu et référencé.
Vu en avant-première