"Avec La Femme de ménage, Paul Feig poursuit son glissement vers le thriller entamé avec L’Ombre d’Emily, film qui révélait déjà son goût pour les récits de faux-semblants et de domination retournée. Adapté du best-seller de Freida McFadden, le film promettait un jeu de dupes domestique, une maison-carcérale et une héroïne broyée par le système avant de le retourner contre ses oppresseurs. Sur le papier, tous les ingrédients du revenge movie féminin sont là. À l’écran, pourtant, la mécanique peine à générer une véritable tension."
"L’intrigue s’ouvre sur Millie, jeune femme en grande précarité, récemment sortie d’un passé trouble, qui accepte un emploi de femme de ménage chez les Winchester, incarnation parfaite de la réussite bourgeoise. La famille se compose de Nina, épouse aussi élégante qu’instable, d’Andrew, mari séduisant, attentif, presque trop lisse, et de leur fille Cecelia, enfant étrange, mutique, dont les regards et les silences laissent planer un malaise diffus. Très vite, la maison apparaît comme un espace hiérarchisé et oppressant. Millie est reléguée au grenier, soumise à des règles tacites, observée et testée. Feig construit ici un dispositif classique mais efficace, présentant le foyer comme un piège social et mental qui se referme lentement sur la protagoniste."
"Le film lorgne du côté d’Hitchcock — décors froids, composition rigide, psychologie trouble — sans jamais s’approprier pleinement cet héritage. La maison, pourtant pensée comme un organisme carcéral, est trop souvent expliquée plutôt que ressentie. Feig et sa scénariste Rebecca Sonnenshine semblent ne jamais faire confiance au spectateur : flashbacks explicatifs, voix off redondantes, rappels insistants de rebondissements pourtant parfaitement lisibles. À force de vouloir tout clarifier, le film érode sa propre tension, là où le non-dit aurait dû régner."
"Le premier acte s’acharne à disséminer autant de fusils de Tchekhov que possible, comme pour s’assurer de ne jamais perdre son audience. Mais cette accumulation finit par produire l’effet inverse. Le deuxième acte tourne en rond, incapable de relancer véritablement le suspense, au point que l’on en vient presque à s’arracher les cheveux devant cette intrigue qui s’accroche désespérément à des séquences érotiques aussi convenues que naïves, rappelant davantage la complaisance de Cinquante nuances de Grey que le trouble d’un désir réellement dangereux ou transgressif. Ces parenthèses, censées relancer le récit, ne font qu’en souligner son essoufflement."
"La filiation avec Gone Girl se fait également sentir, dans cette idée de féminité comme stratégie, comme masque et comme arme. Mais là où Fincher glaçait son spectateur par une rigueur clinique, La Femme de ménage demeure étonnamment trop calme, presque inoffensif, pour un film qui prétend parler de traumatismes, d’emprise et de revanche. Même le final, déroulé sans véritable intensité, laisse un sentiment de frustration : tout est prévisible, fonctionnel, mais jamais vertigineux. Le film se regarde sans déplaisir mais on ressort avec l’impression persistante d’un rendez-vous manqué. Un thriller aux ambitions féministes affirmées, mais trop explicatif pour un récit qui appelait à mordre, à déranger, à enfermer véritablement son spectateur dans cette maison-prison qu’il n’aura finalement traversée qu’en simple visiteur."
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