Parfaitement oubliable
La romancière Freida McFadden a totalement envahi les rayons des librairies avec ses romans. Telle une Marie Higgins Clark, il y a quelques décennies, elle a trouvé LE truc qui plaît, qui accroche jusqu’à l’addiction la cible de la ménagère américaine de 40/50 an, - même ses livres ont également beaucoup plu chez les jeunes -, en titillant jusqu’à plus soif, leurs fantasmes à travers des personnages ultra-caricaturaux. Tout cela ne relève pas du talent, mais du savoir-faire… et il y a une légère nuance. En adaptant au cinéma, ce best-seller, Paul Feig, réalisateur de séries TV et surtout cinéaste attitré d’Amazone Prime, au rythme plus que soutenu de deux films par an, n’a pas pris un risque considérable avec ces 133 minutes – eh oui en plus, c’est long – nous prouve qu’il sait faire. En quête d’un nouveau départ, Millie accepte un poste de femme de ménage à demeure chez Nina et Andrew Winchester, un couple aussi riche qu’énigmatique. Ce qui s’annonce comme l’emploi idéal se transforme rapidement en un jeu dangereux, mêlant séduction, secrets et manipulations. Derrière les portes closes du manoir Winchester se cache un monde de faux-semblants et de révélations inattendues… Un tourbillon de suspense et de scandales qui vous tiendra en haleine jusqu’à la dernière seconde. Un thriller ciné pas désagréable, mais aussi vite oublié que vu. On est tout de même très loin de Paul Verhoeven ou David Fincher les maîtres du thriller domestique vénéneux.
Je n’ai évidemment pas lu le roman On dit, ici et là, que l’adaptation est plutôt fidèle. Le propos du film n’est pas anodin : derrière son intrigue à suspense, il met en lumière des thèmes sérieux de société : violence domestique, hypocrisie sociale, relations toxiques, contrôle et illusions de pouvoir. C’est du lourd. Mais voilà, les rebondissements essentiels sont téléphonés, les ficelles du récit classiques et l’ensemble manque d’une vraie profondeur émotionnelle ou de surprise narrative. La réalisation est soignée, le suspense plutôt bien construit, même si, je l’ai dit, il y a peu de réelles surprises, les scènes de sexe – façon Hollywood, sont submergées de musiques violoneuses à souhait, quant au final gore, il n’est pas forcément à mettre sous tous les yeux. Bref, c’est « kitchouille » digne d’un roman de gare.
Sydney Sweeney sort d’une année catastrophique au box-office et en plus marquée par des prises de position frisant le ridicule qui font d’elle une égérie MAGA acclamée par une partie des étatsuniens. Elle a pour elle un physique plus qu’avantageux assez loin de faire oublier son regard inexpressif. Face à elle, Amanda Seyfried en fait des tonnes dans l’hystérie. Quant à Brandon Sklenar, il est la principale victime d’une écriture trop balisée qui préfère assurer le suspense artificiel plutôt qu’explorer vraiment l’ombre morale des personnages. Ce film formaté est sortie pour Noël. Pas certain que ce soit vraiment un cadeau. Mais tout ce que je pense et écris n’empêchera nullement son succès : plus de 4 millions d’entrée en 4 semaines !!! Une seule crainte, les suites Les Secrets de la femme de ménage, La Femme de ménage se marie, La Femme de ménage voit tout… nous guettent.