Un film d’une incroyable richesse d’ambiances, d’images, d’humeurs et d’époques. D’humains, surtout. A l’écran, les années 70 italiennes. Au début du film, on se sent plonger dans une ambiance de style « Mort à Venise », roman publié en 1912 et porté à l’écran . en 1971. Le décor suranné des villas somptueuses, la lumière et la proximité de la mer, la chaleur, la lenteur, la sensualité réprimée ou impossible, la mélancholie, tout y est et contribue à cette étrange sensation qui saisit le spectateur. Un effet voulu par Sorrentino ?
Parthenope, la jeune et très belle protagoniste du film - rôle joué par une actrice et mannequin magnifique et grave - crève l’écran. C’est également le nom d’une figure mythologique grècque ; « Parthénope se jeta à la mer et se noya, ses chants n'ayant pas réussi à séduire Ulysse . Son corps échoua à Naples, sur l'île de Mégaride, où se trouve aujourd'hui le Castel dell'Ovo. Son tombeau sur cette île était appelé « la construction des sirènes ». Il y a clairement un écho au film : Parthenope séduit par sa beauté et sa distance, laisse venir les amoureux, même par deux, et les refuse d’une certaine façon. Est-elle immature, naïve, manipulatrice ? Je ne crois pas. Je pense qu’elle est profondément mélancolique, l’amour peut la frôler mais on dirait qu’elle ne croit pas au bonheur de l’amour. Son intelligence peut-elle l’empêcher d’aimer ou d’être aimée vraiment ?
Peu de dialogues mais des regards, des gestes, des attitudes, des silences. Les bandes sonores sont discrètes et magnifiques. L’effet de beauté est là, pourtant on ressent une forme de tristesse, de grande lassitude et de nostalgie autour de cette Parthenope.
On reçoit un choc en pleine figure quand les premières notes de la déchirante bande-son du titre » Era già tutto previsto » enveloppe la très belle scène de danse à trois. Là, tout est joué. Un drame va survenir. Mais ce drame ne concerne pas la personne que j’avais imaginée…. Quand on connaît les paroles de cette chanson de Riccardo Cocciante de 1972, l’émotion n’est pas loin ! On pourrait penser que le réalisateur a construit le scénario autour de ces deux éléments : La chanson « Era gia tutto previsto » et la figure mythologique de Parthénope.
Parthenope fait des rencontres ; de belles avec son professeur à l’université qui la pousse dans ses études et la soutient ; de cruelles avec un mafioso qui l’entraîne dans les profondeurs les plus noires et sinistres de Naples; étranges et déplacées avec un prêtre culotté de rouge… Sorrentino pose un regard cruel et réaliste vers la mafia, l’église catholique. Deux scènes un peu indigestes, hélas.
Après avoir avorté, l’avenir de la belle Parthenope sera tracé dans une carrière universitaire, loin de Naples dans le nord. A la retraite, elle reviendra sur ses terres d’origine. Sans mari, sans enfant. La fin du film montre son retour à Naples, seule avec sa valise. Mais le bruit des tifosi napolitains va égayer sa première nuit à l’hôtel…
Un film qui ne laisse personne indifférent. Un film d’une beauté sensuelle et grave, difficile à oublier. Devrait-on ?