L’étincelle initiale du projet remonte à 2018, lorsque Urška Djukić a assisté à un concert d’une chorale slovène composée de jeunes filles. La réalisatrice se rappelle : "Dès que je les ai entendues chanter, j’ai été bouleversée. J’ai été profondément émue par la puissance de leurs voix, à la frontière de l’éveil de leur féminité, au point de devoir retenir mes émotions pour ne pas fondre en larmes au beau milieu du concert."
"Il y avait quelque chose d’ important dans la force de ces voix féminines adolescentes, si souvent réduites au silence au fil de l’histoire. Trois prêtres étaient également dans le public, tout aussi émus que moi. Cette scène m’a paru étrange : des hommes adultes vivant dans le célibat, écoutant des jeunes filles irradier une énergie sexuelle en éveil."
"Cela m’a semblé significatif, et j’ai ressenti le besoin d’explorer ce thème et ma propre réaction émotionnelle à travers un long-métrage. J’ai commencé par observer cette chorale et étudier sa dynamique, ce qui a inspiré mon premier scénario. Plus tard, nous avons formé notre propre chorale pour continuer le travail."
Côté casting, Urška Djukić cherchait une fille dans cette période de transition entre l’enfance et la féminité. La cinéaste voulait quelqu’un qui dégage une lumière, une grâce, quelque chose qui rayonne : "Quand je travaille avec des acteurs et collaborateur·rices, je pars toujours de ce qu’ils ont naturellement, et je les choisis en fonction de leurs expériences de vie."
"J’ai choisi Jara Sofija Ostan lors d’un casting organisé spécialement. Dès que j’ai vu une soixantaine de courtes vidéos de candidates, j’ai su tout de suite que c’était elle — Lucia. Elle avait quelque chose de magique : une vieille âme dans un corps de jeune fille, en plein éveil. Une tristesse dans son regard la rendait plus sensible que les autres."
"Au fil du travail, elle s’est ouverte et a beaucoup donné. Elle a travaillé avec des coachs et des professeurs pour atteindre le niveau qu’on voit dans le film. Ce qui m’a fascinée, c’est qu’au début, notre coach Nataša Burger avait remarqué que les bras de Jara pendaient comme s’ils n’étaient pas reliés à son corps."
"Mina Švajger (Ana-Maria) a été choisie de façon similaire — ses yeux bleus incarnaient une jeune femme sauvage et intrépide, parfaite pour contraster avec la douceur et la timidité de Lucia. Je les voyais comme le yin et le yang, complémentaires, deux parties d’un tout."
Urška Djukić a créé une chorale spécialement pour Little Trouble Girls. Avec son équipe, la cinéaste a organisé des auditions pour de jeunes chanteuses et sélectionné une trentaine de filles, ainsi que les quatre actrices principales (dont certaines n’avaient aucune expérience du chant). Elle se rappelle : "Le vrai travail a ensuite commencé. La chorale a été dirigée par une excellente musicienne, Jasna Žitnik, qui a aussi formé l’acteur Saša Tabaković à diriger la chorale dans le film."
"Je m’intéressais particulièrement aux chants folkloriques slovènes capables de compléter les scènes par leur contenu et leur atmosphère. Pour la scène finale, nous avons utilisé une très vieille prière italienne suggérée par notre collaboratrice, l’artiste vocale Irena Tomažin. Avec certaines chanteuses, elle l’a adaptée et interprétée dans des scènes où les sœurs chantent dans une grotte et sous une cascade."
"Ce chant avait une résonance si puissante qu’il a ému même les hommes les plus durs de l’équipe de tournage. On sentait tous l’énergie de cette ancienne prière purificatrice. Le film se termine par la chanson emblématique Little Trouble Girl de Sonic Youth, qui a inspiré le titre du film et lie parfaitement le récit et ses thèmes."