Découvrir Eddington d'Ari Aster après avoir vu Une bataille après l'autre de Paul Thomas Anderson pousse à la comparaison, inévitablement, car les deux films se ressemblent beaucoup. Tous deux sont des films en prise avec l'actualité immédiatement contemporaine, dans cette ère trumpiste complètement folle. Ils décrivent des États-Unis à feu et à sang, opposant réactionnaires et progressistes, en mêlant à la fois chronique sentimentale et intime, thriller, préoccupations politiques et sociales, humour et absurdité.
Mais la comparaison se fait clairement aux dépens d'Eddington. Tout ce que tente laborieusement Ari Aster est réussi par Paul Thomas Anderson. Si les deux films ont à peu près la même durée (2h30 pour Eddington, 2h40 pour Une bataille après l'autre), qui est conséquente, le film d'Aster paraît interminable et parfois ennuyeux, quand le film d'Anderson est prenant de bout en bout.
Il y a aussi chez Aster le sentiment déplaisant d'être face à un réalisateur qui manipule les spectateurs. C'est le premier long métrage que je vois de lui, mais je sais qu'il vient du film d'horreur. Et effectivement, il ne peut s'empêcher d'installer un climat de malaise et d'horreur sourde, et de se complaire dans le sanglant. La longue séquence finale, dans un tout autre registre que le reste du film, en mode jeu vidéo survival ultra violent, montre combien Ari Aster a un problème avec la représentation de la violence, qui semble bien plus l'emballer que d'autres aspects du film.
Les deux premiers tiers d'Eddington montrent un cinéaste pas vraiment doué, qui rame niveau mise en scène et rythme. Les prises de vues sont très quelconques et la musique semble plaquée artificiellement sur les images, pour donner un semblant d'énergie à un long métrage mollasson. Ce qui est intéressant, ce sont davantage les situations par lesquelles Aster décrit l'Amérique complètement tarée des années 2020, et la folie collective qui s'est accrue avec le Covid, le conspirationnisme et les réseaux sociaux. Il y a malgré tout quelques scènes réussies, comme celle de la fête chez le maire, qui est un des tournants du film.
La vraie force d'Eddington, c'est peut-être l'électrochoc qu'il procure. Une bataille après l'autre est presque un feel good movie, c'est à la fois sa force et sa faiblesse, car il dépeint des événements dramatiques qui devraient nous alarmer (ce qu'il fait tout de même en partie). Le film d'Ari Aster est comme son envers profondément sombre, un bad trip traumatisant, qui sans offrir quelque chose de profondément nouveau quand on connaît la situation aux US, met en images le cauchemar qui est en train de s'installer et de prospérer outre-Atlantique, et qui pourrait venir jusqu'en France... Une sorte d'invitation salutaire à être vigilant et à réagir sans tarder. La manière est très discutable, mais l'intention et le résultat doivent être pris au sérieux.