Génial un nouveau Marsupilami !! Sauf qu’ici, petite complication, il est fait par Philippe Lacheau. il ne s’agit plus d’un concept jetable taillé pour le sketch XXL mais de l’adaptation d’un mythe de la BD franco-belge, avec tout ce que cela charrie d’imaginaire, de poésie et, osons le mot, de responsabilité. Le film voudrait, et moi aussi, être une aventure familiale, transgénérationnelle, fédératrice. Il le voudrait très fort. Le problème, c’est qu’il ne semble jamais décider à qui il parle.
En extirpant le Marsupilami de la jungle de Palombie pour le parquer sur un paquebot de croisière, le film assassine toute idée d'héritage. La jungle vivante et conflictuelle de Franquin est remplacée par un centre commercial flottant, climatisé, sponsorisé jusqu’à l’os, où l’aventure se consomme comme un forfait all-inclusive. La mise en scène ne tente même pas de faire semblant d’y croire. Elle exhibe le décor. Chaque plan large ressemble à une publicité honteusement assumée. Le partenariat est brandi, fier, vulgaire, collé sur le film comme un autocollant promotionnel sur un imaginaire déjà vidé de son sang.
Cette logique mercantile contamine la représentation du vivant. Le Marsupilami, chez Franquin, était une créature indisciplinée, excessive, politique avant d’être mignonne. Ici, il est réduit à une mascotte fonctionnelle. Quant au bébé Marsupilami, il devient une usine à attendrissement, un gadget animé calibré pour les « ohhhh » automatiques. Et oui, c’est un peu honteux.
La comédie, elle, a une peur panique du temps mort, du moindre espace où pourrait s’infiltrer une pensée. Les gags s’enchaînent comme une playlist en lecture automatique. Blagues sexuelles un peu grasses, vannes grossophobes, dénigrement physique, humour enfantin slapstick, clins d’œil appuyés pour les parents. Tout est mélangé, sans hiérarchie, sans logique, sans cohérence. Le film veut être pour tout le monde. Résultat, il est pour personne.
Cette absence d’homogénéité est aggravée par le fonctionnement en bande. Lacheau ne filme pas un récit, il filme sa troupe. Les dynamiques sont connues, les postures recyclées, les effets attendus. Le film suppose une connivence préalable avec cet univers, comme si le spectateur était déjà membre du groupe WhatsApp.
Mettons quand même quelque chose à son crédit. Il y a une scène d’action centrale. Une vraie. Plutôt bien filmée. Lisible, rythmée, étonnamment amusé. C’est le seul moment où Philippe Lacheau semble penser l’espace, chorégraphier le mouvement. Pendant quelques instants, le film ressemble presque à du cinéma. C’est bref mais notable.
Marsupilami ne détruit pas l’héritage de Franquin. Il fait pire : il n’en fait strictement rien. Il l’utilise comme une licence. La déception ne vient pas d’un ratage spectaculaire, mais d’un renoncement tranquille, d’un film qui voudrait plaire à tout le monde sans jamais se demander pourquoi, ni comment. Un divertissement bruyant, indécis, efficace par accident.