Sirat, mirage de rave et désert de propos
Impossible d’entrer dans "Sirat" sans un soupçon d’interrogation : de quel monde s’agit-il au juste ? Le film s’ouvre sur une mention en filigrane d’une "Troisième guerre mondiale", glissée à la radio, mais ne prend jamais la peine d’ancrer franchement son récit. Résultat : la confusion règne, on préfère la suggestion floue à la construction d’un véritable univers.
Difficile alors d’éprouver la moindre empathie. Les personnages, silhouettes perdues dans le désert, n’invitent jamais à l’attachement. La fameuse "rave" présentée comme exutoire n’a d’ailleurs rien d’une authentique scène alternative : on dirait un week-end de punk-à-chiens , parachutés au Maroc pour mieux fuir un modernisme qu’ils incarnent pourtant jusqu’aux lunettes de soleil. La bande-son, prétendument techno, relève du cliché et n’effleure jamais la véritable énergie rave, celle qui bouscule et fait vibrer les tripes.
Au fil des rencontres, jamais on ne croit à cette rencontre entre le héros et la communauté de teuffeurs, sortis tout droit des années 70. Plus qu’une immersion, c’est une visite guidée, façon carte postale ethnologique, où le désert marocain ne sert que d’arrière-plan convenu à une errance vide de sens. Le scénario patine, les dialogues s’anémient, la quête du personnage principal reste à la dérive. Après deux heures de néant, le film s’achève sur une sorte de remake discount du "Salaire de la peur", sans tension ni enjeu, laissant le spectateur au bord du chemin.
Visuellement, rien ne sauve l’ensemble : les images du désert semblent plaquées, sans relief, sans souffle. "Sirat" se rêve grand film existentiel mais s’égare en chemin, prisonnier de ses ambitions creuses. À l’arrivée, on ressort du mirage sans comprendre le propos, ni l’intérêt d’une telle errance.