Il y a des films qui ne peuvent laisser indifférent. Sirat est de ceux là.
C’est une véritable expérience à vivre.
À la fois esthétique, émotionnelle et même spirituelle (en tout cas, c’est ce que voulait le réalisateur).
Ses qualités formelles sont indéniables. D’abord sur le plan purement visuel : on a droit à de superbes plans du désert, magnifique par ses couleurs, ses reliefs et son immensité, ou encore des corps en mouvement pris par la transe de la danse. On pense ici à Mad Max, inévitablement ou parfois à Star Wars. Le son est également très travaillé avec des moments littéralement saisissants : bande originale, effets sonores, mixage et mastering. Tout est léché à ce niveau-là et c’est une des forces du film. Pour l’apprécier à sa juste valeur, le voir en salle est un vrai plus.
Mais, au delà de ce qu’il montre et fait entendre, Sirat cherche à raconter une quête perdue d’avance, une fuite en avant qui ne mène nulle part. Celle d’un père et son fils à la recherche de leur proche disparue. Quête qui viendra se mêler à celle d’un groupe de teufeurs, usés par la vie mais poursuivant leur idéal quasi mystique. « La rave du bout du désert », sorte d’Eldorado au LSD. Le réalisateur met ses personnages à l’épreuve et après une première heure un peu ennuyeuse qui pose doucement les choses, la bascule vers la descente aux enfers commence avec pas mal de scènes choquantes et de jump scares dignes d’un film d’épouvante. Ces effets fonctionnent et choquent le spectateur. On passe par des émotions fortes et difficiles, qu’on ne ressent que peu souvent au cinéma. La deuxième moitié du film m’a tenu en haleine, j’étais complètement dedans comme l’ensemble de la salle, alors que je regardais ma montre pendant la première heure… Je n’y ai pas vu une violence gratuite, ou une cruauté du réalisateur envers ses personnages comme l’ont dit certains critiques. J’ai plutôt ressenti le message de la fragilité de la vie et l’idée que toute fuite en avant est vaine. La réalité finit toujours par te rattraper…
Finalement, on en ressort éprouvé, ne sachant pas forcément ce qu’on a vu, si c’était bon ou mauvais, gratuit ou réfléchi méthodiquement… Et ce que le réalisateur a voulu nous dire au final. On est interloqué, on regarde les autres spectateurs hébétés ou choqués qui sortent de la salle et on ressent le besoin de respirer et réfléchir ainsi que d’échanger sur ce qui vient de se produire et sur le propos de l’oeuvre. Je n’arrive toujours pas à dire si j’ai aimé réellement ou pas, mais je pense que c’est un film à voir pour tout cinéphile averti. Je ne regrette vraiment pas de m’être déplacé en salle. Pour moi c’est un film unique et marquant, ce qui est déjà pas mal… Il peut faire l’objet de discussions et d’analyses interminables avec d’autres spectateurs, ce qui est signe d’une certaine richesse. La variété des ressentis peut être grande, mais personne ne sera indifférent.
Il convoque des références évidentes comme Mad Max, Le salaire de la peur ou Voyage au bout de l’enfer et aborde des thèmes intéressants même si on peut regretter que leur traitement ne soit pas plus abouti (la fragilité de la vie, le deuil, la marginalité, la fuite du monde, la fin du monde, la notion de quête physique et spirituelle, le rapport au corps…). Mais je pense que le fond du film n’est pas là et que le but recherché est de parler à l’émotionnel en nous, ainsi qu’au sensoriel, en laissant de côté le rationnel (sans pour autant le délaisser complètement). C’est peut-être un des reproches qu’on pourrait faire au film d’ailleurs : le parti pris n’est jamais total, et donc assumé complètement. Nous sommes toujours entre deux. Mais me direz vous, c’est la définition même du terme Sirat qui nous est rappelée dès le premier plan du film : le pont entre le paradis et l’enfer, fin comme un cheveu et tranchant comme une lame.
Pour conclure, Sirat est une expérience à vivre, si possible en salle pour le côté visuel et sonore. Le réalisateur a vraiment tenté quelque chose, pris certains risques, ce qu’on ne peut que saluer au milieu de cet océan de films oubliables. Je ne peux que recommander son visionnage. Ne vous laissez pas abuser par la première heure un peu poussive, laissez vous emporter vraiment dans ce trip halluciné vers le fin fond du désert. Lâchez prise comme sur un bon beat de techno, défoncé au milieu d’une teuf. Vous kifferez plus !
Retrouvez mes critiques sur mon blog : tempsdecerveaudispo sur Wordpress