Je viens de voir Sirāt à ľinstant et j’en ressors secoué. Dès les premières minutes, on plonge dans ce chaos organisé d’un rave au cœur des montagnes du sud du Maroc : la musique qui pulse, la poussière, les corps qui dansent comme s’ils cherchaient à s’oublier. Le père et le fils arrivent là avec une simple photo de Mar, disparue depuis des mois. Ce qui commence comme une enquête presque banale se transforme très vite en quelque chose de bien plus profond, presque spirituel. Laxe maîtrise parfaitement ce basculement, sans jamais forcer la note. J’ai eu l’impression d’être aspiré dans le désert avec eux, entre espoir et désespoir.
Ce qui m’a vraiment marqué, c’est la façon dont le film utilise le son et l’espace. La bande-son électronique n’est pas juste un fond, elle devient un personnage à part entière, qui berce, qui oppresse, qui transcende. Les plans larges sur l’immensité aride contrastent avec l’intimité des visages burinés par le soleil et la fatigue. On sent la chaleur, la soif, la peur. Sergi López est immense dans ce rôle de père rongé par la culpabilité et l’amour. Les acteurs non-professionnels autour complètent ce tableau avec une authenticité brute qui rend tout ça terriblement humain. Ce n’est pas un film "facile", il y a des moments où on retient son souffle, d’autres où on a le cœur serré.
Laxe réussit ce pari risqué de mixer le concret (la survie dans le désert, les rencontres improbables) avec le métaphysique, sans que ça devienne prétentieux. Le titre Sirāt fait référence au pont fin comme un cheveu dans certaines traditions, cette ligne entre vie et mort, salut et damnation. Le film l’incarne à la perfection, avec une deuxième partie qui m’a littéralement retourné. J’en suis sorti lessivé mais vivant, avec cette sensation rare qu’un film m’avait vraiment emmené ailleurs, physiquement et mentalement. Ce n’est pas parfait (quelques longueurs peut-être, ou des choix radicaux qui ne plairont pas à tout le monde) mais c’est du grand cinéma, de celui qui reste en tête pendant des jours.
Bref, si vous cherchez une expérience forte, viscérale et intelligente, foncez. Moi je lui mets un très solide 4,5/5. Oliver Laxe confirme qu’il fait partie des voix les plus singulières du cinéma d’aujourd’hui. J’ai hâte de voir ce qu’il nous réserve après ça.