Pendant une bonne heure, le film place un à un les éléments clés pour saisir et apprécier toute la puissance qui se dégage de la deuxième partie du film. Alors oui, on peut paraître intrigué, voire même ennuyé, au début mais tout cela est très nettement balayé et effacé ensuite.
En fait, l'intrigue de départ est simple : un père et son fils recherchent - on suppose aux quatre coins du monde - leur fille/soeur qui a fugué - façon Les Cow-Boys - et ils rencontrent fortuitement un groupe de marginaux ravers.- dont deux éclopés - en plein milieu du désert qui eux cherche à éviter la police et se rendre dans une autre soirée à l'autre bout du Sahara. Naturellement, on s'attend d'un côté à une enquête, à des indices, des pistes, éventuellement une résolution, et de l'autre à de la fête et ses attributs, et on attend longtemps. On s'attend aussi à des éléments de contexte des personnages, qu'on suppose soit espagnols, soit français, soit on sait pas très bien, et ils restent plus ou moins des inconnus en matière d'état-civil. D'ailleurs Olivier Laxe se joue de nous quand il dévoile le crâne relativement nu de Bigui alors qu'on pensait tous que cette moumoute était ses vrais cheveux - c'est pour montrer les informations auxquelles on a accès dans ce film, des mystères.
Dans cette traversée du désert, il nous reste à voir le voyage justement : deux camions équipés, et une camionnette qui fait pâle figure, et peine à suivre le train, dont les rails se mêlent à l'outro du film (des rails toute droite dans l'infinité du désert). Ils roulent le jour et campent la nuit, empruntent des routes sinueuses, escarpées, cabossées, traversent des cours d'eau, bref on est très loin du thriller d'enquête familial ou même d'une quelconque ambiance festive.
Laxe dissémine quand même assez nettement de la tension, en particulier la musique avec un effet crescendo qui exaspère les sens au maximum, mais aussi les gros plans sur des cailloux à fleur de montagne, la course des deux camions côte à côte avec un jeune homme à moitié sur l'un et l'autre à la Jean-Claude Van Damme Le premier drame arrive, on l'attendait, et le film ne prend pourtant pas une tournure mélodramatique au contraire, même cynique, sarcastique, qui représente cet état de sidération. Puis le deuxième drame survient, et je dois l'avouer celui-là est beaucoup plus surprenant, puis les suivants, et ceux-là nous font complètement basculer dans l'absurde.
Pourquoi réfléchir à une chute élaborée, innovante ou même déroutante, la résolution est évidente : fermez les yeux et marchez tout droit. Le contraste entre la fatalité de l'issue et l'extrême banalité du comportement des héros est vraiment saisissant, touchant. Je précise ici qu'on ne voit ni la fille ni la fête.
Je peine encore à distinguer que Laxe veut vraiment montrer et signifier, car le film est d'une richesse immense. Mais, il faut saluer un scénario absolument implacable, servi par une mise en scène magnifique et un casting génial.