Drame coécrit et réalisé par Óliver Laxe, Sir�t est une expérience singulière, pour un résultat de bonne facture. L'histoire se déroule dans le désert marocain où pendant une free party, Luis, un père accompagné de son jeune fils, accoste les teuffeurs en leur tendant des flyers dans l'espoir de retrouver sa fille disparue. C'est alors qu'un groupe de raveurs les informe que leur fille pourrait se trouver dans une autre rave située dans le sud, près de la Mauritanie. Alors que la fête bat son plein, un groupe de soldats vient y mettre un terme et demande aux européens présents d'évacuer. Un convoi est ainsi formé sous la garde des hommes en uniformes. Mais le groupe ayant informé Luis s'en échappe et ce dernier décide de les suivre. Commence alors un long périple dans un environnement hostile. Ce scénario s'avère plutôt plaisant à visionner pendant toute sa durée de près de deux heures, malgré ses tares au niveau de son écriture. En effet, l'intrigue débute de façon prometteuse et nous immerge dès les premières secondes dans son univers particulier. L'enjeu est rapidement défini et on s'attend à ce que cette recherche deviennent de plus en plus intense au fil des minutes. Hélas, c'est tout le contraire qui se produit. En effet, plus le temps passe et plus ce road movie s'éloigne de son sujet initial, jusqu'à totalement le perdre de vu en cours de route. Cela est franchement dommageable. Il en va de même concernant le conflit qui se trame en toile de fond qui n'est aucunement développé, ne servant au final à rien. Le récit fini par totalement perdre son fil et par décevoir. Il préfère laisser place à des espèces de symboles mystiques entre la religion et la musique, qui sont trop maigres pour intéresser. Malgré cela, le métrage nous gratifie tout de même de deux scènes complètement inattendues, qui modifient le parcours de ces trois véhicules et le destin des occupants. Des séquences hautement marquantes, notamment la première. La seconde est dans un premier temps spectaculaire, mais elle s'étire en longueur au point de devenir un running gag et de presque davantage faire rire qu'être triste. L'ambiance se veut pour sa part palpable entre la crasse, la poussière et le vent. L'ensemble est porté par des personnages manquant cruellement de développement. Des rôles interprétés par une distribution comprenant comme seul véritable acteur Sergi López. Les membres du groupe sont eux joués par d'authentiques teuffeurs marginalisés aux corps mutilés, comprenant Bruno Núñez, Stefania Gadda, Joshua Liam Herderson, Tonin Janvier, Jade Oukid et Richard Bellamy. Tous ces individus entretiennent des rapports ne procurant pas énormément d'émotions malgré les épreuves traversées. Des échanges soutenus par des dialogues corrects déclamés en quatre langues que sont le français, l'espagnol, l'anglais et l'arabe. On passe ainsi de l'une à l'autre de façon fluide et naturelle. Sur la forme, la réalisation du cinéaste franco-espagnol se veut qualitative. Sa mise en scène est soignée et bénéficie d'une belle photographie à la faveur de son environnement naturel traversé, totalement isolé et imprévisible. Ce visuel rocailleux est accompagné par une très bonne bande originale signée par le DJ français Kangding Ray. Ses compositions à base de techno expérimentale sont très présentes vu qu'elles sont au centre même du propos, et cela pour notre plus grand plaisir tant ses basses font trembler le sol et notre système auditif. Ces titres bruts, couplés aux substances prohibées ingérés par des protagonistes, font danser les corps en transe et se veulent envoûtants. Ils sont clairement l'une, si ce n'est la grande force du métrage qui s'achève sur une fin loin d'être satisfaisante, venant ainsi mettre un terme à Sir�t qui, en conclusion, est une œuvre atypique, méritant d'être découverte, mais hélas inaboutie, laissant un goût de gâchis dans la bouche.