Dites-lui que je l’aime
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Isabelle K.
Isabelle K.

4 abonnés 91 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 27 décembre 2025
Romane Bohringer se retrouve bouleversée après avoir lu « Dites-lui que je l’aime », le récit de Clémentine Autain (Grasset, 2019). Aussitôt, s’impose l’idée d’en décliner l’histoire au cinéma. Elle préempte les droits, organise une rencontre avec l’écrivaine, enthousiaste. Se pose alors une question : « Mais, comment vous pourriez adapter ça ? » Romane l’ignore.
Décembre 2025, le film est diffusé sur grand-écran.


Un film singulier, à l’image de sa réalisatrice, artiste inclassable qui pourrait recevoir aujourd’hui un César pour l’ensemble de son œuvre. Actrice, metteuse en scène, réalisatrice d’une seule et unique œuvre que « Dites-lui que je l’aime » vient renforcer. Un film qui vient comme en assembler tous les fragments précédents. Une œuvre en soi aussi. Composite, entremêlant psychanalyse, enquête intime, mémoire, lecture, enregistrement, écriture et réécriture bien sûr, musique et réalisation.
C’est l’histoire d’une mise en abîme, de deux destinées qui s’interpellent.


Dans son récit, Clémentine Autain dresse avec la force de la nécessité, le portrait d’une mère oubliée. Dominique Laffin, actrice mythique, espoir du cinéma français des années 70, « touchante, très aimée dans le métier » mais qui « avait une incapacité à être ancrée dans le monde réel ».


Dans la vraie vie, Dominique Laffin meurt à 33 ans. « Partie sans un mot ». Clémentine Autain en a 12, mais déjà elle ne se souvient pas. Sa mère l’avait abandonnée alors qu’elle n’était qu’une gosse. De cette femme, mère, Clémentine Autain a conservé une séquence encombrante : « Tu étais soûle, tu avais raté les marches de l’escalier en descendant du wagon et tu délirais sur les rails, incapable de te relever. Tu ne voulais pas sortir de là mais nous avons fini par te ramasser et t’installer sur une espèce de caddie à roulettes. » C’est la dernière fois que Clémentine voit sa mère. Elle a 11 ans, face à une mère ivre morte. Celle de « La Femme qui pleure », son grand succès cinématographique, un film où elle tient le rôle-titre, écrit sur-mesure par Doillon.


D'autres pleurs. Cette fois, c’est au tour de Clémentine Autain de jouer le rôle principal, qui révèle à la réalisatrice, Romane Bohringer, des tourments identiques. Romane, abandonnée par sa mère à l'âge de 9 mois. Une mère dont elle apprend le décès à 14 ans. Une mère remisée jusqu’alors.


Clémentine Autain, dans son livre, choisit de renouer contact avec cette mère qu’elle a trop tôt condamnée. « Ce qui abîme, c’est la répétition. Ce qui nous a séparées, c’est la récurrence de ton incapacité à prendre soin de moi. Je n’ai plus trouvé la force de comprendre. » Ce qu’elle va découvrir, c’est la vulnérabilité : « Ta mère t’adorait, elle souffrait de ne pas te voir… » Clémentine Autain écrit la suite : « Comme si tu avais laissé ce message pour moi, Dites-lui que je l’aime. »


La transmission ne s’arrête pas là. Romane Bohringer à son tour, mettant en scène Clémentine Autain et son histoire intime et émouvante, prend conscience que sa mère l’aimait, au détour d'archives épistolaires : « J’ai installé Romane dans un petit panier sur mon vélo. »


Des mères fragiles. « Attention fragile… très fragile ! » Clémentine, avant Romane, le constate : « c’est la dernière réplique adressée par Yves Montant à l’homme qui part à [son] bras, dans Garçon ! de Clause Sautet, un de tes derniers films. »
([son] : le bras de Dominique Laffin)


Ce sont ces épisodes naïfs et touchants que le film de Romane Bohringer anime, extraits du livre de Clémentine Autain et, ou, de ses propres ressouvenances, de témoignages aussi, semblables à ceux que rapporte Clémentine.
« Qu’est-ce que tu ressembles à ta mère ! »


C’est aussi une époque, les seventies supposées libérées, pourtant inégalitaires, que ces deux femmes en viennent à partager.
« Le métier t’a abandonnée, à l’instar de Patrick Deweare qui a joué la fureur de vivre et s’est suicidé à trente-cinq ans… », observe Clémentine, s’étonnant que « tu sois plus oubliée que lui alors que vos parcours se font écho. »


Aujourd’hui, les parcours qui se font écho sont ceux de Romane Bohringer et de Clémentine Autain, entre « l’intime et le construit social, l’histoire personnelle et politique ». Un film qui joue de ce miroir inattendu et… fragile. L’une et l’autre ont trouvé leur place, Romane, artiste, Clémentine, femme politique. Elles ont acquis la liberté et l’égalité.
Sont devenues mères à leur tour : « Je me projette maintenant dans le rôle de la maman, presque impatiente d’avoir soixante ans pour me promener fièrement avec une jeune fille au bras, avec ma fille devenue grande -ce possessif me déplaît mais la formule est consacrée. »
« Serait-ce une histoire de filles, de femmes ? »


C’est une histoire de lignées, de douleurs de femmes qu’il est temps de briser. Comme le souligne Romane Bohringer, actrice de son propre film : « J’ai rompu la chaîne de l’abandon, il y a de la beauté là-dedans ».


De la beauté, et beaucoup de pudeur, en particulier lorsqu’il s’agit du rôle des pères, Yvan Autin, Richard Bohringer, si présents en filigrane du film, et du livre.
Si présents.


En clin d’œil, que j’avais d’abord jugé aussi superflu qu’incongru, il y a ce générique à la fin du générique du film. Un extra-extra-court-métrage réalisé par le fils de Romane. Et puis avec le recul j’ai révisé mon point de vue. D’abord, parce que ce garçon affiche une ressemblance troublante et lumineuse avec sa grand-mère. Qu’à travers lui, elle revit. Il réconcilie, il est le présent qui lie passé et futur. Ensuite, parce que Romane fait ce qu’elle veut, c’est son film, le film d’une vie qui se comble, une vie où la famille est un socle solaire ; le film d'un héritage, d'une transmission et de demain qui s'organisent, autant pour elle que son actrice-inspiratrice. De ces rencontres qui tissent le reste d'une vie.
rvrichou
rvrichou

118 abonnés 584 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 24 décembre 2025
Sujet âpre intime et complexe. A noter l écriture et la réalisation parfaitement maîtrisées. Une quête bien menée qui entraîne le spectateur dans une spirale d'émotions.
anselmino j
anselmino j

11 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 23 décembre 2025
Beau film intéressant sur Clémentine Autin. L'histoire de Bohringer est touchante aussi, mais le mélange des 2 histoires ne laisse pas le temps de respirer et d'assimiler les émotions propres à chaque histoire, ni comment ces 2 belles femmes ont pu se construire après ces deux parcours traumatisants.
Pôpô passion ciné
Pôpô passion ciné

32 abonnés 332 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 23 décembre 2025
On sent que Romane Bohringer a mis toute son âme dans ce film.
Ce récit transpire la générosité et la sincérité de cette femme.
Elle nous ouvre son coeur et nous offre la vie de sa mère qui a refait surface après la lecture du livre de Clémentine Autain, au travers des mots de son autrice.

On peut ressentir chaque chemin de vie qu'il a fallu traverser pour aboutir à ce résultat.

Comme pour elle, des fragments de ma vie sont remontés à la surface, comme ce moment pendant lequel elle raconte qu'elle a su, avec seulement une sonnerie de téléphone, que sa mère était décédée.

C'est un film sur la maternité et sur les ressentis de l'enfant.
Le récit souligne qu'il ne faut pas minimiser et négliger l'instinct des enfants.

Il nous donne envie de serrer sa mère très fort dans ses bras.
Mais je n'ai pas pu m'empêcher de penser à mon père, à la marque indélébile qu'il a laissé graver sur ma peau et dans mon coeur.

C'est un cri du coeur et des tripes, un film pour ceux qui sont nés sans rien demander et qui restent avec des cicatrices profondes et des questions en suspens.

Un film pour ceux qui savent aimer des enfants, même d'un autre sang, mais qui n'oublient pas leurs origines non plus.

Le côté docu-fiction peut dérouter au premier abord, mais il est nécessaire pour comprendre la mécanique de pensées de la réalisatrice.
Ce sont des récits bouleverssants qui s'entrecroisent pour ne faire qu'un et faire écho l'un de l'autre.

Un film sur l'importance de savoir parler une fois adulte pour soigner son enfant intérieur et avancer en préservant la future génération de ce mal-être qui a enfin trouvé sa fin.

Mais je vous rassure, même s'il y a beaucoup moments bouleversants, ils sont ponctués de parenthèses lumineuses qui font sourires.

Mention spéciale pour le générique de fin, inattendu, qui fait un bien fou après avoir versé quelques larmes.
Katrina
Katrina

1 abonné 45 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 22 décembre 2025
Magnifique film et interprétation qui s’apparente à un documentaire mais justement agréable à visionner ! La relation mère/fille est mise en valeur et chacune s’y retrouve, même si le sujet du film ici est dramatique. L’ambiance est pleine d’émotions et souvent de tristesse… mais se termine sur un « vent d’espoir » !
joelle g
joelle g

102 abonnés 945 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 22 décembre 2025
Plutôt un reportage qu’un film de fiction classique ….
C’est beau et touchant…on ne peut rester insensible à ces deux histoires de vie …deux femmes très différentes …mais qui se sont trouvées …une mère défaillante…absente ….une enfance cabossée …..
Le ton est juste , sincère….puissance des mots…
BEAU…
Jade
Jade

1 abonné 79 critiques Suivre son activité

2,0
Publiée le 21 décembre 2025
Quelle déception ! Cela faisait longtemps que je souhaitais voir ce film, consacré à l’abandon d’enfant à la naissance. Mais l’émotion attendue n’était absolument pas au rendez-vous. Le film s’apparente davantage à un documentaire introspectif : c’est l’adaptation du roman « Dites lui que je l’aime », à travers la rencontre de son autrice et une lectrice confrontée aux défaillances de sa propre mère. L’ensemble repose surtout sur le récit oral et la lecture de nombreux passages du livre. Mais on se perd dans les alternances successives des deux histoires, des différents liens familiaux et du passé et du présent.
Craoux
Craoux

38 abonnés 325 critiques Suivre son activité

2,0
Publiée le 21 décembre 2025
Il faudrait clairement annoncer "documentaire" ! .. Ce que Romane a concocté n'a rien à voir avec un film. Pour émouvante que soit sa quête personnelle pour tenter de (se) reconstruire une très courte histoire commune avec sa mère, l'exercice ne peut en aucun cas être présenté comme un "film". Cet "exercice" a très certainement bcp apporté à Romane, et notamment une belle amitié avec Clémentine Autain. On peut s'interroger sur les raisons de la quasi absence de son père Richard dans ce narratif (elle ne l'interroge pas sur sa relation avec sa mère .. étrange, non ?). Bon, je me demande si je n'ai pas finalement le sentiment d'avoir été abusé : si pour Romane, avoir conçu ce "documentaire" relève de la thérapie perso, pour moi, c'est carrément un regret d'avoir payé une place pour en quelque sorte l'aider à se "soigner" de son "manque".
Tracy2
Tracy2

3 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 21 décembre 2025
Excellent film
Les 2 comédiennes sont incroyables chacun dans leur propre rôle
Les autres rôles sont également tous très justement incarnés
nghmartin
nghmartin

1 critique Suivre son activité

5,0
Publiée le 21 décembre 2025
Approche cinématographique très originale. Grand moment d'émotion profonde. Analyse magnifique. J ai vraiment adoré.
Domvill
Domvill

34 abonnés 206 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 20 décembre 2025
Côté pile, Romane Bohringer derrière la caméra, coté face Clémentine Autain, pour l’écriture de son livre : deux parcours de vie qui ont en commun l’abandon maternel. Toutes deux ont été élevées par leur père. Romane Bohringer réalise ici un documentaire bouleversant et intelligent qui s’interroge, questionne, mais toujours avec une grande sensibilité et sans aucune amertume ni désir de revanche. Quant à Clémentine Autain, je balaye la vision politique de ma mémoire pour me concentrer uniquement sur la sphère privée qu’elle évoque.
Les cinéphiles de ma génération se souviennent de cette fille qui pleurait chez Jacques Doillon, fine, fragile, décédée trop tôt. La mère de Romane Bohringer, si elle a été un peu moins connue des médias a, elle aussi, brulé sa vie par les deux bouts. C’est excellent, ce parallélisme des destins, ce partage de l’absence, ces retrouvailles de l’au-delà avec leurs génitrices englouties par les paradis artificiels. C’est une belle déclaration d’amour et un vrai regard sur la société de l’époque qui se voulait sans contrainte, libérée pour aller le plus loin possible dans cette recherche de son moi, quitte à y laisser, non seulement ses enfants, mais sa propre raison.
Bernard Jean Louis Michel
Bernard Jean Louis Michel

3 critiques Suivre son activité

2,0
Publiée le 20 décembre 2025
Côté émotionnel, c’est réussi, mais alors côté scénario, réalisation et montage, d’énormes erreurs, qui en font un film brouillon au point que j’ai complètement perdu le fil. Expl : une Clémentine Autain en petite fille brune aux yeux marrons identique à la réalisatrice. On finit par ne plus savoir qui est qui.
René Xavier Rosnoblet
René Xavier Rosnoblet

5 abonnés 21 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 25 décembre 2025
Quand une actrice-réalisatrice, Romane Bohringer, s'empare du livre d'une célèbre responsable politique, Clémentine Autain dans un jeu subtil de miroir, l'histoire commune de leur vie devient alors la matière même de cette autofiction poignante qui nous transporte au plus profond de l'intimité de ces deux femmes meurties par la disparition prématurée de leurs mères absentes de leur vivant, mais devenues secrètement omniprésentes au fil temps.
La trame introspective du film fait apparaître que les fêlures de Clémentine et de Romane ont aussi engendré leur force dans cette quête de vérité qui leur a permis de rompre la chaîne de l'abandon dont elles ont tant souffert.
Une mise à nu des deux protagonistes si sincère qu'elle évite tout voyeurisme malsain.
Un seul bémol, l'épilogue superfétatoire, selon moi, projeté après ou pendant la diffusion du générique...
De surcroît, c'est au cinéma Le Luminor, Hôtel de ville de Paris 4ème que j'ai pu voir ce beau long métrage dans un cadre intimiste à l'aune du sujet traité.
hervé Latrubesse
hervé Latrubesse

1 critique Suivre son activité

5,0
Publiée le 19 décembre 2025
Très belle surprise. Beaucoup d émotion. Bravo et merci madame Bohringrer pour ce beau moment de tendresse et de sincérité
Christo
Christo

2 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 19 décembre 2025
Film exceptionnel : émouvant entre film et documentaire à voir absolument pour partager la vie de Romane et de Clémentine.
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