En miroir
Pour son 2ème film – le 1er L’amour flou était un régal -, Romane Bohringer fait un pari, celui de se raconter en parallèle avec le récit autobiographique. 92 minutes marquées du sceau du défi. Romane décide d’adapter pour le cinéma le livre de Clémentine Autain consacré à sa mère. Ce projet va l’obliger à se confronter à son passé et à sa propre mère qui l’a abandonnée quand elle avait neuf mois. Ce film qui a séduit le public de Sarlat, lors du festival où il a obtenu la Salamandre d’Or, n’est en vérité qu’un docu-fiction, beau, émouvant mais, à mon humble avis plus fait pour la télé que pour le grand écran.
Le projet a commencé comme une adaptation mais a évolué vers une exploration de sa relation avec sa propre mère. D’ailleurs, c’est sans doute ce qui m’a le plus dérangé, c’est que le roman de Clémentine Autain – et ses brèves apparitions à l’écran -, ne sont qu’un prétexte pour la cinéaste de se raconter, de se livrer pleinement, avec énormément de sensibilité voire de courage. On a le droit à un film enquête, hybride – fiction, images d’archives, films familiaux, témoignages…-, qui retrace en miroir les parcours tragiques des deux mères. L’exercice ne convainc qu'à moitié, justement par ce qu’il est « hybride ».Et pourquoi avoir fait le choix – que je trouve discutable et frustrant -, de ne pas donner la parole à Richard Bohringer, téduit à une apparition muette, alors qu’il aurait sûrement eu beaucoup de choses à nous raconter. Frustrant… c’est le mot.
A l’affiche donc : Romane Bohringer et Clémentine Autain, mais aussi Eva Yelmani, Josiane Stoleru, Philippe Rebbot, Liliane Sanry-Baud, Raoul Rebbot-Borhinger, tous pour de courtes, parfois très courtes apparitions. Sujet fort et intéressant mais, à raconter deux histoires similaires, on a souvent tendance à s'y perdre. De quelle enfance est-on en train de parler ? Qui est la mère de qui ? À qui appartiennent ces souvenirs ? Trop confus, ce qui a nui à la véritable émotion qui sourd tout au long du film. Quand au générique de fin ? Je m’interroge encore sur son utilité.