La Gradiva
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FaRem

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4,0
Publiée le 27 septembre 2026
"La Gradiva" suit un groupe d'élèves et leur professeure de latin lors de leur voyage de fin d'année à Naples. Alors qu'ils découvrent tout ce que le coin a à offrir en matière d'arts et d'archéologie, ils se découvrent eux-mêmes à travers ces vestiges ou ces relations qui se font et se défont. Une quête intérieure différente pour chacun d'eux, qui vont bientôt prendre des chemins différents. À l'image de cette observation de la fresque de la Villa des Mystères à Pompéi, on fait de même avec ces adolescents. Eux ne sont pas figés sur une toile, mais ils ont aussi beaucoup à dire par leurs regards. C'est très souvent par les yeux que tout passe, ce qui a une certaine logique à cet âge où dire les choses est plus difficile. Cela n'empêche pas des moments très intimes quand ils s'ouvrent et baissent leur garde. Le séisme émotionnel de l'adolescence avec ses tourments, ses peurs, ses doutes et ses désirs. Cela n'entre jamais en éruption pour servir une dramaturgie forcée. Marine Atlan préserve la simplicité de ces petits moments et, surtout, leur authenticité. On a l'impression de faire ce voyage avec eux ou de l'avoir déjà vécu, tant les personnages peuvent être associés à des souvenirs personnels. C'est ce que j'ai aimé dans ce film, même si je trouve que les jeunes avaient encore beaucoup à offrir. Il y a une frustration de les quitter si vite, mais « La Gradiva » est un très bon film, à la fois sensible et tendre, en plus d'être incarné par des talents naturels que l'on reverra sûrement très vite.
Chris G
Chris G

43 abonnés 74 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 20 octobre 2026
Très bon récit de parcours initiatique d’adolescents en voyage en Italie, filmé de façon naturaliste. Une réussite
Dominique V.
Dominique V.

18 abonnés 230 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 7 octobre 2026
Un très beau premier film (même si, peut-être un peu long) qui met en scène les ados comme rarement on les voit au cinéma. La réalisatrice, chef op' de métier, a pris son temps pour choisir ses jeunes acteurs (tous non-professionnels) et les a fait répéter plusieurs mois avant le tournage, incluant dans ses dialogues, leurs propres mots et expressions. Ça se sent. Les acteurs sont formidables, y compris la prof de latin.
Domvill
Domvill

41 abonnés 262 critiques Suivre son activité

1,5
Publiée le 16 septembre 2026
Des lycéens de banlieue partent en voyage scolaire avec leur professeur visiter Naples et Pompéi. La réalisatrice s’attache à plusieurs personnages du groupe dans un film choral. Le rôle prépondérant est un jeune homosexuel qui s’invente une généalogie napolitaine et court après ses fantasmes… Il faut attendre la dernière demi-heure pour qu’il se passe enfin quelque chose…
La bande son est infernale, les échanges verbaux ont inaudibles, à la fois parce que ces gamins qui ne sont pas des acteurs professionnels marmonnent continuellement entre leurs dents, mais des sons extérieurs – bruits de la rue- parasitent continuellement le film.
Je remercie ma voisine de siège, une inconnue qui me demande si j’ai compris les dialogues, ce qui nous rassure toutes les deux sur nos potentielles surdités.
Emilie
Emilie

12 abonnés 19 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 6 octobre 2026
Grâce à une mise en scène immersive et unique, le film nous plonge auprès de ces jeunes en quête d’amour et d’identité mais confronté à des barrières sociales. On apprend avec eux, on se fait chier avec eux, on regarde leurs erreurs et leurs leçons, on fait un retour en arrière au lycée comme si on ne l’avait pas vraiment quitté.
Miguelithor
Miguelithor

8 abonnés 45 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 4 juin 2026
​ Vu en AVANT-PREMIÈRE

[ENTRE LE PASSÉ ET LA JEUNESSE!]

​Ce long-métrage suit un groupe d'élèves et leur professeure à la fin de leur année de terminale. L'œuvre mêle habilement le poids du passé et la réalité d'une jeunesse ancrée dans le monde contemporain, tout en explorant l'impact de cet héritage sur la nouvelle génération. Le film dépeint avec justesse la condition des jeunes à notre époque, face à leurs dilemmes, leurs inquiétudes et leurs réflexions intimes liées au désir, à l'amour, à la vie et à leur propre psychologie.
​Le récit s'ancre dans le décor magistral de Naples et du Vésuve, invoquant son éruption historique et son passé. À la frontière entre documentaire et fiction, la narration se déploie à travers des passages contemplatifs et poétiques.
​Si l'histoire met d'abord en avant des moments de légèreté, elle vire de façon très surprenante mais captivante vers le mélodrame. Le réalisateur explore magnifiquement la dynamique à l'échelle d'une classe — ses débats, ses déboires, ses instants de bonheur — ainsi que les tourments psychologiques des personnages principaux. L'issue n'est pas heureuse pour tous : le film se révèle poignant en montrant comment certains protagonistes parviennent à s'émanciper de leur histoire familiale, tandis que d'autres, incapables d'y échapper, sombrent dans leur côté le plus obscur et plongent dans la mélancolie.
​C'est une œuvre vibrante, portée par un véritable cœur émotionnel, notamment grâce au personnage de Toni qui transcende le film, et à celui de la professeure, qui sert de point d'ancrage à tous ses élèves.
​La mise en scène traduit parfaitement ce basculement de l'insouciance vers le drame, notamment grâce à l'utilisation de plans assez larges, à une juste distance de caméra et à des jeux de regards qui gagnent en intensité au fil du récit.
​Un très beau film.
Alex Supertramp L.
Alex Supertramp L.

21 abonnés 1 critique Suivre son activité

4,5
Publiée le 14 octobre 2026
Très beau film hypnotique et émouvant, parfois drôle et triste.
A hauteur de lycéens, c’est important par les temps qui courent
boyfromLA
boyfromLA

3 abonnés 12 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 14 octobre 2026
Il en faut du talent pour réussir un tel film sur la fin de l'adolescence . La Gradiva malgre son titre mystérieux, est un petit bijou.
2h35 qui parle de nos enfants , de leurs vies, de leurs peurs, avec une mélancolie et un message politique dans l'actualité de ce mois d'octobre. Et que dire de cette belle brochette d' acteurs avec en tête Colas Quignard, bouleversant , a fleur de peau, et dont certains regards et silences en disent long. A n'en pas douter, La gradiva devrait figurer dans les nominations des César !
Sylvie Atlan
Sylvie Atlan

1 critique Suivre son activité

5,0
Publiée le 19 octobre 2026
Film sublime d’une grande justesse, des acteurs merveilleux, beaucoup d’émotions. Une image à couper le souffle, une immense intensité qui donne envie de le revoir pour découvrir d’autres richesses dont le film est truffé.
Vu deux fois en avant-première.
traversay1

4 543 abonnés 5 481 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 29 juin 2026
Certains films partent pied au plancher, manière d'accrocher l'attention, et finissent par confondre vitesse et précipitation. Point de cela dans La gradiva de Marine Atlan, un premier long métrage qui prend son temps pour installer son règlement climatique, avant de nous foudroyer dans les dernières minutes. Voir Naples et… mourir, courir, pourrir, c'est selon. Ce voyage scolaire en Campanie, avec le Vésuve et Pompéi au programme, mais pas Capri, est l'occasion de s'immiscer dans les mécaniques des groupes adolescents, que l'on croit connaître, mais que la cinéaste rend beaucoup plus complexes, étirant certaines scènes lorsque c'est nécessaire et sautant avec dextérité d'un personnage à un autre, sans jamais perdre le fil collectif. Sentiments d'isolement, de solitude, voire de déréliction, dans un environnement grégaire : il faut du talent, de la sensibilité et le sens des nuances pour ne pas se perdre en chemin. Mais La gradiva ne fait que prendre de l'épaisseur au fil des minutes, profitant sans en abuser de la splendeur du chaos napolitain et de ses environs délétères. Porté par de jeunes interprètes doués qui jouent des rôles proches de leur personnalité, ce film d'adolescence fait prendre conscience que tout n'a pas été dit, loin de là, sur cet âge, et que chaque histoire sur ce sujet indémodable possède ses spécificités et son intérêt particulier, d'autant plus quand une cinéaste aussi prometteuse s'en empare en délaissant les sentiers battus et les archétypes vus et revus.
Cadreum
Cadreum

84 abonnés 844 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 23 août 2026
Premier long métrage de Marine Atlan, écrit avec Anne Brouillet et produit par Les Films du Poisson en coproduction italienne, La Gradiva a été tourné à Naples au printemps 2025, puis ramené à deux heures vingt-cinq depuis un premier assemblage qui en durait quatre. Un voyage scolaire à Pompéi, une terminale entière jouée par des acteurs qui n'avaient jamais tourné, une seule comédienne installée (Antonia Buresi) pour tenir le rôle de l'adulte : on connaît la recette, et on sait ce qu'elle produit d'ordinaire, un joli film d'été qu'on aura oublié en novembre.

Rien là qui appelle un titre pareil : La Gradiva, c'est le bas-relief de la femme en marche dont Jensen avait fait l'obsession de son archéologue, et dont Freud avait tiré une théorie du fantasme — on désire ce qui avance et qu'on ne rattrape pas. Mais Atlan, dans ses entretiens, revendique un projet net et beaucoup moins vaporeux que son titre — un film sur le déterminisme social, sur un héritage qui déclasse au lieu d'élever, à rebours des récits d'ascension. Il y a donc dans ce film deux appareils qui tournent en même temps : une machine sociologique et une machine mythologique. Un film qui conduit un adolescent pauvre à sa perte en le plaçant sous un volcan peut soutenir deux choses parfaitement contradictoires : que la société l'a tué, ou que c'était écrit.

Le film commence dans le couloir du train de nuit. Toni est collé à la vitre d'un compartiment où James et Angela se rhabillent ; derrière lui, Suzanne le regarde le regarder ; la lumière des fenêtres barre les visages par bandes. Personne n'est filmé de face, le verre est le seul décor, et la chaîne des regards ne se referme jamais : chacun désire quelqu'un qui regarde ailleurs. Trois plans suffisent à distribuer les rangs. James occupe le dernier maillon, celui que tout le monde regarde et qui ne regarde rien — d'où son opacité pendant deux heures, qui n'est pas un mystère de personnage mais la conséquence mécanique de la place qu'on lui a donnée d'emblée : être désiré ne demande aucune intériorité. Reste ce que la vitre installe. Elle sépare Toni de James avant que le film ait montré une classe, un professeur, un dossier scolaire — donc pour des raisons purement optiques, et non sociales. Le désir devient une affaire de surface transparente et infranchissable, c'est-à-dire une chose que rien ne pourra jamais satisfaire.

Sur le site du Vésuve, pendant que Mme Mercier explique l'éruption plinienne, la caméra ne cherche pas le contrechamp d'écoute : elle recueille une élève qui s'enduit de crème solaire, un autre qui consulte son téléphone, un troisième qui s'éloigne du groupe et des plans sur le paysage. Ce ne sont pas des plans de réaction, ce sont des plans de non-réaction, et ils occupent le même statut que la parole professorale. Le cinéma scolaire français fonctionne depuis Cantet sur une monnaie unique, l'attention, et sur un tribunal permanent : qui écoute, qui décroche, qui a tort. Atlan supprime la monnaie. La leçon ne vaut plus par sa réception ; elle est une émission dans un régime de distraction que personne n'a choisi et dont personne n'est coupable.

Devant la fresque dionysiaque, même refus. Un cours d'histoire de l'art se filme normalement en champ-contrechamp, les élèves d'un côté, l'œuvre de l'autre ; Atlan supprime l'alternance et fait circuler la caméra d'un visage à un fragment peint, cadrant parfois les deux dans le même plan. Le mur et les adolescents cessent de se faire face pour occuper le même espace. Ce que les élèves disent de la fresque les décrit sans qu'ils le sachent, et le film avance là une idée forte : à dix-sept ans, on ne découvre pas l'art de l'extérieur, on se raconte à travers ce qu'on en dit. Le décor-métaphore est évité de justesse. Mais la scène en installe un autre, plus coûteux : à partir d'elle, aucun vestige n'est plus là par hasard. La leçon sur l'éruption plinienne décrit une catastrophe rapide qui tombe sur des gens occupés ailleurs, c'est-à-dire le programme exact du dernier acte ; le moulage de la femme morte, longuement observé par la classe, fournit d'avance l'image sous laquelle nous relirons Toni.

Dans toutes ces scènes de groupe, Atlan travaille en plan long presque fixe, animé d'une dérive qui passe d'un élève à l'autre sans jamais couper : chacun est tenu quelques secondes pour lui-même. C'est une grammaire généreuse qui accorde à Chamathka, à Safia, à Salim, à Younes exactement le même statut d'occupant du cadre qu'à Toni. Sur la durée du film, pourtant, la générosité du plan ne se convertit pas en récit : ils obtiennent leur portrait, jamais leur point de vue, et finissent par former la matière chorale contre laquelle trois adolescents accèdent au statut de sujets. On a reproché au film de reléguer ses élèves racisés au décor de fond, et de laisser les garçons occuper massivement l'espace sonore et physique ; les deux constats sont pourtant exacts des réalités sociales contemporaines. Ce qui reste hors du récit se met à occuper la bande-image comme du volume, et le volume, dans une classe filmée en continu, revient à ceux qui parlent le plus fort. L'écart n'est donc pas dans la mise en scène, qui fait ce qu'elle promet, mais dans le montage et dans l'architecture — là où un film décide de qui il suit quand il faut choisir.

Toutes les scènes méritent d'être mentionner, comme cette nuit, au dortoir, où les filles interrogent Suzanne sur sa virginité et répond en désignant son visage. Atlan tient les corps à distance les uns des autres, refuse l'enveloppement du champ-contrechamp, ne pose aucune musique. La réplique cesse d'être un symptôme et devient l'évaluation lucide, par une jeune fille de dix-sept ans, de sa propre cote sur un marché qu'elle a parfaitement compris. C'est dans la même veine nocturne, plus tôt, pourtant, qu'apparaît la faiblesse structurelle du film : une autre fille lâche que James a « un complexe d'Œdipe », et la réplique n'est pas une sottise d'adolescente, c'est un jalon de scénario en costume naturaliste. Le film procède ainsi constamment. La parole (ou l'image) ordinaire y est chargée de fonctions différées, rien ne se dit pour rien, et la texture documentaire que tout le monde a saluée comme du vécu capté est en réalité un système clos. Atlan flatte notre intelligence en refusant de relier les fils, tout en s'assurant qu'aucun ne puisse échapper à une lecture.

La conversation entre Mme Mercier et le chauffeur italien, qui commence en réflexion existentielle et s'achève sur des questions d'horaires et de réservations, sans coupe pour souligner la chute, produit le portrait sa profession : la vocation n'y est pas contredite par une idéologie adverse, elle est interrompue par de la logistique. L'épuisement enseignant cesse d'être un état d'âme pour devenir un régime de tâches. Ce même régime réflexif occupe la scène des portes-manteaux. Ce que le film obtient là, aucun de nos films à discours sur l'école ne l'obtient, parce qu'ils cherchent tous un antagoniste et qu'il n'y en a pas.

Mais le film n'exonère personne pour autant. « Ah, c'est lyrique ! » — Mercier lit à voix haute la première ligne de la dissertation que Toni lui a rendue en retard, la classe rit, on passe au plan suivant sans que le montage ménage le moindre temps de retombée. Le film ne construit pas la scène comme une injustice ; il la construit comme un trait d'esprit qui fonctionne, et c'est précisément ce qui la rend accablante. Nous avons vu, nous, sa fixation sur ce garçon, son refus de créditer les efforts qu'il consent, le fait qu'elle dispose de toutes les informations qui auraient dû produire de l'égard. Le film ne les lui donne pas comme des circonstances atténuantes : il les met à sa disposition et la filme en train de ne pas s'en servir. Il n'y aura pas de plan de remords, pas de scène où elle comprend. L'humiliation d'un élève, chez Atlan, ne prend pas la forme d'un abus mais celle d'une réplique drôle prononcée par une femme fatiguée dont elle ne saisie par la portée.

L'inégalité qui structure le couple d'ami n'est pas celle du désir mais celle du revenu, et le film la travaille par la géographie plus que par le dialogue. Quand les deux garçons courent ensemble à travers la ville, brève félicité filmée à leur hauteur, ils occupent le même plan et le même souffle ; partout ailleurs, James dispose d'une aisance que Toni doit fabriquer. James est celui pour qui rien n'engage : il couche sans conséquence, il se laisse désirer par ses camarades comme par sa professeure. Son opacité, posée dès le couloir du train, est le portrait exact de ce que produit une position sociale où l'on n'a jamais eu à décider de rien.

Les errances napolitaines de Toni disent l'exact inverse. Sa recherche des Montresi ne trouve personne ; le récit familial se défait ; la grand-mère n'était pas l'aimée d'un aristocrate emporté par le séisme de 1980, elle était domestique. Ce que Toni découvre alors n'est pas une information sur ses grands-parents, c'est une information sur lui-même, et elle est rétroactive. Il avait passé sa vie à se croire déclassé, c'est-à-dire tombé d'une hauteur ; il apprend qu'il n'est tombé de nulle part, que la chute qu'il portait comme un blason était le régime normal de sa famille depuis toujours, et que la place qu'il occupe dans sa classe est exactement celle qui lui revenait. Le mythe ne l'avait pas consolé, il l'avait fait tenir : c'était le seul capital dont il disposait, et il l'avait investi tout entier dans l'idée que sa vie présente était un accident réparable. Et aucun gros plan ne vient recueillir l'effondrement, et c'est le geste le plus dur d'Atlan : elle refuse à Toni le privilège tragique de l'intériorité visible au moment précis où le monde vient de lui confirmer qu'il n'a rien qui mérite d'être regardé de près. La forme lui applique la sentence qu'il vient d'entendre.

Puis tombent les résultats d'orientation, et immédiatement après vient la fête du dernier soir. La contiguïté de montage tient lieu de démonstration : la fiction égalitaire de l'école ne s'achève pas sur une injustice spectaculaire mais sur un tri administratif, et la danse qui suit est posthume de certains rêves. Aucune métaphore n'est requise. La classe reprend en chœur le refrain de Theodora, corps serrés, voix unifiées, filmée de l'intérieur et à hauteur d'épaule, sans plan d'ensemble surplombant qui viendrait sacraliser la communion — l'unique moment du film où la classe au sens scolaire coïncide avec la classe au sens social, puisque le chant suspend l'asymétrie que l'algorithme vient d'instituer. Le film ne montre le collectif qu'une fois, et pour le détruire.

C'est là que la lumière présente sa facture. Depuis le début, le grain, les fuites, le soleil du Sud qui vient toujours de la bonne direction confèrent au voyage une aura rétrospective, une qualité de dernière photographie — et cette beauté n'est pas un vernis appliqué sur le sujet, elle est un argument. Elle nous fait regarder la dernière semaine d'un garçon comme on regarde un souvenir, c'est-à-dire avec une tendresse qui a déjà renoncé à intervenir. Le dernier acte fait alors entrer une plainte de violoncelle, après deux heures où les scènes les plus dures se passaient de toute musique. Et l'inéluctable survient.

Reste alors à dire ce que fait un film qui laisse tourner ses deux machines sans jamais choisir. Il produit la seule description exacte de ce genre de mort dont nous disposions. Personne, dans La Gradiva, n'a tué Toni. Mercier était fatiguée, James ne savait pas, l'algorithme a classé, le mythe familial s'est défait tout seul, et le Vésuve, lui, n'a jamais eu à se justifier devant qui que ce soit. Chaque maillon est innocent, la chaîne ne l'est pas, et le film ne dispose d'aucune instance capable de faire le total — ce qui est précisément la situation réelle.

La beauté n'y est donc pas une faute de goût, ni une ruse. Elle est le régime normal sous lequel ces choses se déroulent : le soleil est effectivement magnifique sur la baie de Naples pendant qu'un garçon comprend qu'il n'a jamais rien eu, et rien dans le monde ne prévoit qu'il s'assombrisse pour l'occasion. Le film filme cette indifférence du décor sans la commenter, et c'est ce qui le rend insupportable longtemps après. Nous, spectateurs, avons passé deux heures vingt-cinq à trouver ça beau. Nous avions raison. C'est exactement le problème.
takeshi29
takeshi29

39 abonnés 165 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 9 juillet 2026
Possédant deux spécimens d'adolescentes à la maison je regrette souvent de les voir si mal représentées au cinéma, croquées comme des caricatures sur pattes et en tout cas bien loin de la complexité qui habite ces êtres étranges au-delà du téléphone qui semble greffé à leur main et de leur langage plus proche de celui de Jul que de Baudelaire. Ce qu'est parvenue à saisir Marine Atlan est assez saisissant au point qu'on se sent parfois aussi gênés qu'heureux de se glisser dans les conversations, de partager des moments qu'on pourrait croire volés. En tout cas "La Gradiva" possède dès ses premières images la grâce, on comprend immédiatement qu'on a affaire à une cinéaste qui va imposer un point de vue, qui ne va pas faire dans le faux documentaire mais dans le récit qui va oser glorifier la vie sans nous épargner de rencontrer la mort, qui va marier le réalisme au romanesque, nous faire passer par tous les sentiments, bref qui va faire de ces 2h25 quelque chose de très intense, à l'image du jeu d'acteurs à 99% non professionnels. On est souvent déçu par les films qui font le buzz dans les festivals mais celui-ci a mérité tout le bien qu'on en a dit à Cannes et son Grand Prix à la Semaine de la critique.

Vu en festival
Melvin RICHER
Melvin RICHER

36 abonnés 204 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 15 septembre 2026
Magnifique ! C’est beau, touchant, réel, brut et politique, on nous montre (notre) réalité sociale de jeune étudiant qui cherche à se préparer au monde. Les personnages sont très bien écris, ils sont tous remplie de nuance, de doute, d’envie et de peur. Les sujets centraux sont traités de la bonne manière et sans pincettes, c’est beau de voir un film comme ça… vivant. J’aime bien comment la tension monte avec des séquences centrées sur différentes personnages avec leur visions des choses, c’est plus agréable et ça rend plus légitime le film sur la réalité sociale et politique qu’il montre. C’est rare de voir un film sur les jeunes et pour les jeunes d’une certaine manière, sans dépeindre la réalité et sans rendre pour responsable le prof, les autres élèves… ici c’est le tout qu’on montre à l’écran afin de faire comprend un des problèmes principal de notre génération qui est le manque d’écoute de l’autre, via le stress, la construction de soi, les réseaux sociaux, l’individualité prôné par la capitalisme et la recherche de soi via l’adolescence (qui est légitime)
C’est clairement le film qui peut faire avancer plusieurs débats, et en créer juste après la Séance avec d’autres spectateur sur l’interprétion qu’on en a… mais en tout cas, une chose est sûr : Le film est très bien réussi !
Kilian V.
Kilian V.

29 abonnés 49 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 15 septembre 2026
Ce film est touché par la grâce.

C'est beau c'est juste c'est triste. Il y a des kilomètres à décortiquer et analyser mais je trouve tout absolument juste

L'adolescence est absolument très bien retranscrite dans tout ce qu'elle englobe. C'est écrit de façon merveilleuse. Il n'y a rien qui se passe parfois, mais tout se passe. La scène d'analyse de la fresque en est l'exemple typique. Il y a des scènes métaphoriques dans le film qui sont absolument fascinantes.

Le jeu de toutes les actrices et acteurs est vraiment superbe. On s'attache fort (voir très fort pour Suzanne) à eux. Sans aucun doute que Colas Quignard en sera un digne représentant aux Cesars

Et puis Madame Mercier ♥️ tous les questionnements du corps enseignant, des adultes, est là aussi

Va Marine Atlan, c'est tout droit
Hugo C.
Hugo C.

10 abonnés 97 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 24 septembre 2026
Magnifique et tendre, le film de Marine Atlan est une pépite. Les personnages ont chacun leur importance, leur trajectoire, leur séquence propre qui n’empiète pas sur celle de Toni, personnage complexe et touchant qui cherche à retrouver la villa dans laquelle ses ancêtres auraient vécus. Le film est parfaitement construit, en laissant le réel exister, notamment dans les séquences magiques de cours de Madame Mercier, ou par les plans documentaires de la ville de Naples, rarement filmée pour ce qu’elle est réellement. En parvenant toutefois à garder le côté fascinant et fantasmé de cette ville voisine du Vésuve. Les couleurs dorées et chaudes de la photo sont sublimes, qui s’apparentent en même temps aux images fixes du passé. Toute l’image du film colle à ce mélange de nostalgie et de croyances, d’un personnage qui projette un passé imaginé sur des images et des dires. D'ailleurs, le volcan, dans lequel tout est enfoui, mais finit par jaillir, est une belle allégorie de ce qui apparaît aux personnages durant le film. Malgré le réalisme réussi, le mélodrame, aux couleurs plus affirmées et à la trame plus classique, arrive progressivement, pour finir par nous émouvoir magistralement sans être tire-larmes. Pur génie. Sans caricaturer une génération ou ses personnages, Marine Atlan nous transporte à travers une quête de soi, dans une solitude, où dans un groupe avec son énergie, chacun divague personnellement.
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