Le choix de l’embrouillamini
En 2020, pour son 1er film, Ajami, Scandar Copti, lui-même israélo-palestinien, s’était décrivait déjà un quartier de Jaffa, un lieu cosmopolite où cohabitent Juifs, Musulmans et Chrétiens. Pour ces 124 minutes, il a fait le choix du film choral, ou plutôt celui d’un même récit vu à travers les yeux de 4 personnes différentes. Dans une famille palestinienne de Haïfa, Fifi 25 ans, est hospitalisée après un accident de voiture qui risque de révéler son secret. Son frère, Rami, apprend que sa petite amie juive est enceinte. Leur mère, Hanan, tente de préserver les apparences tandis que le père affronte des difficultés financières. Quatre voix, une maison, entre conflits générationnels et tabous, dans une société où tout peut basculer à tout moment. Le résultat est plus qu’intéressant mais, pour moi, on peut regretter que ce kaléidoscope n’apporte rien de plus et finit par embrouiller le spectateur qui ne demandait qu’à se passionner pour ce drame familial et toutes ces ramifications socio-politiques dans un pays déchiré par un conflit sans fin. A vouloir trop en faire…
Tout a commencé par une phrase entendue par le cinéaste durant son adolescence. Une mère conseillait à son fils : Ne laisse jamais une femme te dire ce que tu dois faire. Cette remarque anodine l’a marqué tant elle révélait la profondeur du patriarcat intégré dans les mentalités. Il a alors commencé à réfléchir à la manière dont ces injonctions façonnent les rapports humains, y compris chez ceux qui en sont victimes. Il observe comment la société israélienne elle-même entretient ce système à travers ses récits, ses rituels, sa militarisation, en explorant comment les structures sociales manipulent les croyances, les émotions, et même l’identité. Le processus évoqué plus haut procédé a pour but de déstabiliser le spectateur et l’obliger à remettre en question ses jugements. Il devient ainsi complice d’un processus d’introspection sur ses propres préjugés. Selon Copti. Le problème est que surtout on se pose sans arrêt la question de savoir qui est qui, et si on comprend tout à cette histoire. En fin de compte, ce qui nous reste le plus, c’est l’aspect quasi documentaire sur le pays, ses enjeux sociétaux à travers des éléments ordinaires : famille, école, travail. Même les fêtes juives, omniprésentes, deviennent des marqueurs d’oppression indirecte. Il révèle les tensions invisibles et les oppressions intériorisées, ce qui donne au film une portée politique forte.
Copti a choisi uniquement des personnes issues de la vie réelle pour interpréter les rôles. Un médecin joue un médecin, une enseignante joue une enseignante, etc. Ce choix vise à éliminer toute forme d’artifice dans les performances. Les acteurs n'ont jamais lu le scénario : leurs répliques naissent de l’instant présent. Ce procédé renforce la véracité des dialogues et des émotions. A cet égard, Manar Shehab, Toufic Danial, Wafaa Aoun, Raed Burbara et les autres s’en sortent à merveille. Un film sur les difficultés du « vivre-ensemble » qui a été primé à la Mostra de Venise en 2024. Et qui donne un aperçu saisissant de ces vies sous surveillance et parfois empêchées. Un moment de cinéma qui arrive à point éclairant à sa façon – parfois maladroite -, la tourmente israélo-palestinienne.