Le pot de terre contre le pot de fer
Après 3 films sortis discrètement avant 2007, Marco Amenta réapparaît avec ce drame social de 118 minutes. Cette durée excessive, qui est un des points faibles du film, nous parle d’un sujet décidément très en vogue dans le cinéma actuellement. Anna, trentenaire solitaire, élève ses chèvres dans une partie sauvage et préservée de la Sardaigne. Mais son exploitation est menacée le jour où un vaste projet de complexe touristique commence à s’installer sur ses terres. Malgré la pression du reste du village, très favorable à ce développement économique, Anna va se battre pour sauver tout ce qui lui reste. On ne peut s’empêcher de comparer ce film à l’excellent Le Mohican de Frédéric Farrucci. Alors on joue aux jeux des 7 différences. L’homme est maintenant une femme, la Corse est remplacée par la Sardaigne, les moutons par des chèvres, la mafia par des investisseurs immobiliers sans scrupules… etc. La seule grande nouveauté réside dans le terme de droit « usucapion », soit, je cite : la manière dont la propriété peut s'acquérir par une possession prolongée. Ça vous en bouche un coin !
Marco Amenta a été photoreporter puis s'est lancé dans la réalisation de films documentaires engagés sur la mafia. Ça lui vaudra des menaces et plusieurs procès d’intimidation. Malgré cela, son travail obstiné sur l’omerta liée à la mafia connaît une reconnaissance locale, la ville de Palerme lui décernant « la Médaille de la valeur Civile ». Ce film trouve son inspiration dans deux histoires. D’une part, celle d’un vieux fermier sarde qui a traîné en justice un groupe immobilier qui tentait de voler ses terres. Et d’autre part, d'une rencontre entre le réalisateur et une éleveuse de chèvres au nord de Rome, en prise avec d’énormes difficultés économiques, dans un environnement très machiste. Son combat, bien que désespéré, est beau et légitime et valait d’être raconté. Mais voilà, ça ne suffit pas à me convaincre car outre la durée excessive, la caméra à l’épaule – non maîtrisée est épuisante. Même les plans fixes sont en mouvement… Un comble.
Heureusement il y a Rose Aste, qui parle sarde et on s’attache à son côté paysan, rugueux, brut mêlé à une forme de douceur et de sensualité. Hélas, elle est assez mal entourée par Daniele Monachella, Marco Zucca, Daniele Vitellaro… qui, comme elle, ne sont pas des comédiens professionnels… et ça se sent. Pour toutes ses raisons, et malgré son personnage de pasionaria, cette espèce de western sarde peine à convaincre.