Allo ? Qui est à l’appareil ?
En adaptant le roman éponyme de Luc Blanvillain, Fabienne Godet – que j’avais découverte en 2005 avec Sauf le respect que je vous dois, suivi en 2012 par Une place sur terre… depuis plus grand chose de notable -, frappe un grand coup avec ses 102 minutes de comédie originale et décalée. Baptiste, imitateur de talent, ne parvient pas à vivre de son art. Un jour, il est approché par Pierre Chozène, romancier célèbre mais discret, constamment dérangé par les appels incessants de son éditeur, sa fille, son ex-femme... Pierre, qui a besoin de calme pour écrire son texte le plus ambitieux, propose alors à Baptiste de devenir son « répondeur » en se faisant passer pour lui au téléphone… Peu à peu, celui-ci ne se contente pas d’imiter l’écrivain : il développe son personnage ! C’est tout sauf une surprise que cette comédie originale ait obtenu le très convoité Prix du Public à l’Alpe d’Huez. Une pépite !
Ce qui frappe avant tout c’est le sujet très nouveau et pourtant tellement quotidien. Le point de départ – un canular téléphonique qui devient envahissant -, est très nouveau mais la force de cette comédie douce-amère, c’est que la gageure est tenue jusqu’au mot FIN. L’autre point fort et nouveau, c’est le travail d’orfèvre sur la voix, entrainant la performance étonnante du héros. Ce film, entre deux éclats de rire permet une réflexion subtile sur la construction de l'identité à partir de l'improbable rencontre entre un écrivain à succès et un saltimbanque en mal de reconnaissance. C’est malin, drôle, plein de charme et de délicatesse, le tout porté par un casting en état de grâce.
S’il n’y a plus de surprise avec Denis Podalydès, toujours impeccable, elle viendrait plutôt de Salif Cissé, un habitué des seconds rôles – La vie de ma mère, Juliette au printemps, Le beau rôle -, dont les talents multiples crèvent l’écran. Il lui a fallu des mois de travail - et quelques tours de passe-passe-, avec des imitateurs de talents comme Michaël Grégorio, pour parvenir à cette performance XXL. Aure Atika, Clara Bretheau, - absolument craquante et dont on devrait reparler -, et Manon Clavel complètent le casting au féminin. Drôlerie, finesse et intelligence… un cocktail réussi qu’il faut déguster sans modération.