Le titre, sobre jusqu'à la banalité, de ce film, Le Répondeur, cache pourtant une œuvre d'une originalité et d'une fraîcheur détonantes. Loin des sentiers battus, le long-métrage s'impose comme une parenthèse cinématographique subtile et réjouissante. Si la mise en scène, sans être irrésistible, se révèle efficace, c'est le déroulé du récit, parfaitement mené, qui captive et maintient l'attention.
Au cœur de cette proposition, la performance de Salif Cissé est une véritable révélation. Dans le rôle-titre, il déconstruit une fausse bonhomie initiale pour révéler une palette d'expressions d'une justesse saisissante, variant avec une précision étonnante en fonction des interlocuteurs. Face à lui, Denis Podalydès incarne l'écrivain avec une aisance coutumière, sa voix inimitable et reconnaissable devenant un personnage à part entière, tissant un contrepoint idéal à la présence plus physique de Cissé.
Le film s'aventure sur les terres du marivaudage avec une légèreté et une intelligence rares, évitant la lourdeur ou les clichés souvent associés aux comédies sentimentales, qu'elles soient contemporaines ou plus anciennes. Il se dégage une délicatesse dans les échanges, un sens du quiproquo qui, bien que prévisible dans sa structure narrative, surprend par sa finesse d'exécution et l'amusement constant qu'il procure. Le rire franc se fait discret, à l'exception d'une scène, pourtant attendue, qui déclenche un hilarant éclat.
Les arcs sentimentaux, loin d'être anecdotiques, s'intègrent parfaitement à l'ensemble, enrichissant la trame sans jamais l'alourdir. À l'issue de la projection, on quitte la salle non pas avec le sentiment d'avoir assisté à une révolution, mais avec une légèreté d'esprit et un optimisme contagieux. Ce film est une douce respiration, une œuvre qui, malgré son apparente simplicité, laisse une empreinte positive et durable. 16/20