Les films (et les romans) de Lucía Puenzo laissent rarement indifférent, ne serait-ce que par l'originalité de leurs sujets, avec, semble t-il, presque toujours ce rapport au corps, qui fait de la réalisatrice argentine, toutes proportions gardées, une sorte de cousine de David Cronenberg. Los Impactados traite d'une femme foudroyée par un orage, spoiler: des mutations de son organisme, de ses handicaps, mais aussi, et surtout, de son basculement psychologique et de son attirance pour l'électrophilie eu sein d'un groupe de "foudroyés." Le singulier film que voilà,, avec un côté malsain qui embarrasse et séduit, en même temps. Imprévisible et percutant, le récit bénéficie d'une mise en scène que l'on peut qualifier d'épidermique, avec un soin particulier apporté à la lumière et au son. On peut l'accueillir comme une fable, proche du fantastique mais son ancrage dans un certain réalisme organique n'est absolument pas contradictoire à son statut d’œuvre inclassable, qui pourra d'ailleurs sembler insupportable à d'aucuns, de par ses partis pris brutaux. Dans le rôle principal, Mariana Di Girólamo, qui était fantastique dans Ema de Pablo Larraín, livre une performance mémorable et viscérale, qu'il n'est absolument pas exagéré d'estampiller comme ... d'électrique.
Il y a des trucs qui me filent un bon feeling envers un film, comme se servir d’un argument fantastique pour évoquer des considérations beaucoup plus terre-à-terre et d’autres qui ont l’effet inverse, comme voir cet argument fantastique totalement délaissé une fois qu’il a rempli son office. La comparaison souvent établie entre Lucia Puenzo et David Cronenberg ne tient qu’en surface, dès lors que s’ils mêlent tous deux l’organique et le mental, les idées du réalisateur canadien sont beaucoup plus dérangeantes et surtout, beaucoup mieux exploitées. Dans ‘Electrophilia’, une jeune femme frappée par la foudre développe un étrange attrait pour l’électricité et commence à participer à un groupe de parole de gens qui ont subi la même expérience tragique. Au-delà du côté un peu bizarre que ce point de départ fait flotter sur tout le film, n’espérez pas de grands développements “électrophiles” : si Ada s’était faite renverser par un scooter ou attaquer par un lama, on en serait au même point puisqu’il est surtout question d’une femme qu’un accident de la vie pousse à tout remettre en question,, ses centres d’intérêt, ses valeurs, sa famille, son couple et son rapport à son propre corps. Soit quelque chose que je n’aurais pas spécialement pris la peine de regarder, n’eut été son argument de départ, surtout que ‘Electrophilia’ n’a jamais été présenté comme “le film sud-américain de l’année”.