« Last Stop : Yuma County » a des faux airs de série B, alors que c’est en réalité une petite pépite du désert, une petite pépite d’humour noir et de violence. Scénarisé et réalisé par Francis Galluppi, le film, qui ne dure que 90 minutes, est un huis clos presque en temps réel. Campé au cœur du désert brulant de l’Arizona, dans un décor de station service et de diner sans âge, cette comédie très noire est la bonne surprise de ce mois d’aout au cinéma. Ce qui interpelle au premier abord, c’est qu’il est impossible de dater l’intrigue, tout est hors du temps : pas de téléphone portable, les véhicules sont indatables, les décors semblent sortir des années 50 et même la bande originale (très sympa mais minimaliste) n’aide pas à ancrer l’intrigue dans une époque. Mais au fond qu’importe car l’histoire que le film raconte est intemporelle. Mené à un train d’enfer, ce huis clos est malgré tout assez violent. Mais les scènes de fusillade
(car il y en a, une surtout qui fait basculer le film au 2/3)
ne sont pas irregardables, même pour les âmes sensibles, la violence y est presque désincarnée, désamorcée très vite par l’humour et l’absurdité de la situation. C’est une réalisation très propre, presque ludique que propose Francis Galluppi, c’est du beau travail assez soigné,
avec comme point d’orgue (et de bascule) une scène que ne renierait pas Tarantino.
A part deux personnages, tous les autres protagonistes en quête d’essence qui déboulent dans le diner sont innocents, c’est pour eux tous « le mauvais endroit au mauvais moment » : un représentant de commerce timide, deux retraités texans en goguette, un indien qui vient juste déjeuner, etc... Tout aurait pu finir sans effusion de sang sauf qu’on est en Amérique et que quasiment tout le monde est armé !
Difficile de ne pas voir derrière cette petite comédie en forme de western moderne la peinture cynique d’une Amérique surarmée, biberonnée à la violence et totalement dépendante du pétrole !
Dans ce diner, les criminels restent des criminels mais les innocents font (tous et toujours ou presque) le mauvais choix, et finalement se rabaissent à devenir des criminels aux aussi.
C’est une représentation sans nuance d’un pays devenu sans nuance lui-même. Au casting, à part Jim Cummings (formidable en vendeur de couteaux itinérants, terrifié devenu terrifiant), je ne connais mal les autres comédiens qui sont tout épatants. Joceline Donahue, Michael Abbott Jr, Richard Brake ou encore Sierra Mc Cormick, tous campent comme il faut, sans en faire trop, des personnages hauts en couleur, tous un peu décalés, tous un peu outranciers sans l’être vraiment, comme les affectionnait David Lynch. C’est surtout le cas pour le shérif et son jeune (et inexpérimenté) adjoint, qu’on croirait sorti tout droit de « Twin Peaks » ! Connor Paolo notamment, est juste délicieux en jeune policier plein de bonne volonté. « Last Stop : Yuma County » aurait pu s’appeler « Lost Stop : Yuma County » car, à une lettre près on devine que personne n’en sortira indemne. Ce diner hors du temps et perdu dans le désert à des faux airs de purgatoire, un endroit où on doit décider une fois pour toute si on est du bon ou du mauvais côté de la violence.
Mais dans un pays où tout le monde ou presque à une arme à la ceinture (et ceux qui n’en en pas savent apparemment s’en servir malgré tout), le destin de ces personnages en quête d’(es)sence semble scellé d’avance.
Ce film est une bonne surprise, un film indépendant qui sort au cœur de l’été, sans publicité tapageuse, mais qui mérite grandement le déplacement.