Gilles Perret n’a pas son pareil pour réaliser des documentaires, le plus souvent sur un registre militant. Mais cette fois-ci c’est plutôt dans le genre récit de famille (elle est trop humble pour qu’on parle de saga) qu’il officie. Le thème a certes été rattrapé par l’actualisé sociale brulante de la période mais c’est pure coïncidence. Ce qui était visé dans le calendrier de sortie c’est plutôt le proche Salon de l’agriculture. Contrairement aux approches habituelles du réalisateur, il n’y a pas vraiment ici de dénonciation sociale. Les membres de la famille d’agriculteurs, génération après génération – les Bertrand –, disent eux-mêmes qu’ils vivent bien, qu’ils travaillent beaucoup, beaucoup trop, mais qu’ils vivent bien, se contentant d’ailleurs du nécessaire, ceci expliquant cela et préférant voir leurs revenus retourner dans l’exploitation pour des investissements. Les travaux de la ferme s’automatisent ainsi au fil des ans (« les machines », sic, pour les travaux des champs, les « robots », sic encore, pour la traite du troupeau de vaches), libérant de la peine des hommes et des femmes, des enfants le cas échéant. Un vrai bol d’air pur ce documentaire. Une atmosphère bucolique pour cette agriculture (assez spécifique) de montagne. Devant les images, l’esprit du spectateur retrouvera les odeurs du foin et de l’étable, surtout s’il a des souvenirs de ces ambiances (comme moi pour tout vous dire, ce qui ne sera pas une exception parmi les spectateurs). Pas trop de démonstration sur les modèles économiques qui s’imposent : des exploitations plus grandes, moins de bras (ceux qui sont partis ont finalement eu raison juge le patriarche), davantage de matériel, des indicateurs de production suivis de près par la nouvelle génération qui a troqué l’ordinateur au flair paysan. La spécificité de cette agriculture de montagne qui reste à taille humaine et qui somme toute préserve l’avenir (forte prise de conscience du développement durable par la famille même si elle n’emploie pas ces mots) fait que le modèle ne choque pas. Des agriculteurs, des paysans, qui pour une fois n’indisposeront pas les écologistes. Ces derniers seront quand même évoqués : « eux, les écolos, ils voudraient que… ». En arrière-plan ce qu’on appelle les principes de nécessité quand il faut faire des choix et qu’il faut bien nous nourrir tous.