An 2068, peu après avoir subi une oération du cerveau, une jeune femme se réveille dans un monde en perdition. Elle est prise au piège d'un étrange rêve. Nous voilà plongés dans un monde asiatique, antique, artistique, médiatique, rendant hommage au cinéma. Si tu as eu comme moi, l'impression de "ne rien comprendre", rassure-toi : Résurrection n'est pas conçu comme un récit à décoder scène par scène. Bi Gan construit davantage un rêve qu'une intrigue. Beaucoup de critiques ont souligné que le film est volontairement énigmatique et fonctionne comme une méditation sur le cinéma, la mémoire et le rêve plutôt que comme une histoire classique. C'est long et tout plein de belles images, comme si chaque plan était une œuvre d'Art. Nous allons croiser, des magiciens, des vampires, des esprits, des rêves qui s'effacent, s'éteignent ou se brisent mais qui nous habitent. Ne cherche pas d'explication, un jour tu sauras ce qui se passe derrière l'écran.
Belle au Bois Dormant, notre conteuse de l'Imaginaire va nous donner son point de vue du haut de son château enchanté.
Il était une fois un monde qui avait peur de rêver...
Imagine un royaume où les humains ont découvert le secret de l'immortalité : ils ont cessé de rêver.
Ils vivent longtemps, mais leur âme s'est éteinte. Ils ressemblent à des bougies qui ne brûlent plus. Ceux qui continuent à rêver sont considérés comme des monstres et sont traqués.
C'est déjà la clé du conte : ne plus rêver , c'est vivre sans imagination, sans désir, sans amour ; continuer à rêver, c'est accepter d'être fragile, mortel, mais vivant.
Le "monstre" du film n'est donc peut-être pas un monstre. C'est peut-être le dernier être héros traverse plusieurs rêves La femme (Shu Qi) pénètre dans les rêves d'un "Rêvoleur" mourant. À chaque étape, il devient un autre personnage, dans une autre époque, avec un autre style de cinéma. Ce n'est pas le même homme qui change de costume, c'est la même âme qui se réincarne à travers différentes histoires. Chaque rêve est une nouvelle vie. Chaque vie lui apprend quelque chose sur les humains.
L'aspect qui t'a le plus dérouté, mon cher Léon, ce sont tous ces styles différents. Bi Gan parcourt l'histoire du cinéma : le cinéma muet, le film noir, le film de guerre, le conte fantastique, la romance moderne et bien d'autres formes encore. Il ne fait pas cela pour montrer sa culture cinéphile. Son idée semble être que les rêves des humains ont pris la forme des films et les films sont les rêves que nous partageons ensemble. Ainsi, lorsque le héros voyage d'un genre à l'autre, il traverse en réalité les rêves du XXe siècle. Je reconnaît là un vieux secret. Dans mon propre conte, je dors cent ans. Le héros de Resurrection fait presque la même chose. Il traverse un siècle entier de souvenirs, de fantasmes, d'histoires et d'images. Plusieurs critiques ont remarqué que le film relie l'évolution du personnage à celle de la Chine du XXe siècle. On peut voir chaque chapitre comme une époque de l'histoire chinoise, une époque du cinéma ou une étape de la vie intérieure du héros. Les trois se superposent.
La fin est volontairement ambiguë. Le titre Resurrection ("Résurrection") ne signifie pas forcément que quelqu'un revient réellement à la vie. La question est plutôt : Qu'est-ce qui peut survivre à la mort ? Le héros disparaît peut-être, mais son rêve continue comme un vieux film projeté dans une salle obscure longtemps après la disparition de ceux qui l'ont tourné. Dans un monde où l'on a renoncé à rêver pour vivre éternellement, le dernier rêveur traverse cent ans d'histoires et de cinéma pour nous rappeler que l'imagination vaut davantage que l'immortalité.
Et c'est exactement ce que dis : Mieux vaut dormir cent ans et faire de beaux rêves que vivre pour toujours sans jamais rêver.