Un film très ambitieux dont je suis sorti, sensations souvent antinomiques, ébloui et circonspect. Sur un lien plus que ténu (un personnage qui sous divers aspects vit différentes choses à différentes époques), Bi Gan propose une succession « d’épisodes » sans lien entre eux, qui ne correspondent pas à ce que l’on qualifie habituellement de courts métrages, car ils sont eux même dépourvus de structure classique (avec un début, un fil conducteur et une fin). Certains ont vu que les cinq « épisodes » en question correspondent aux cinq sens de l’homme, ce qui n’est pas toujours évident. Il s’agit surtout de « morceaux de cinéma », et de sacrés morceaux ! Dès la première scène, les évocations des débuts du cinématographe sont foison, avec entre autres « Frankenstein », « Le voyage dans la lune », « Métropolis » ou « L’arroseur arrosé ». On l’aura compris, c’est d’un hommage à cet art qu’il s’agit. Et pour cet hommage le cinéaste, dans les différents « épisodes », s’attaque à plusieurs genres cinématographiques, en adoptant plusieurs styles cinématographiques. Le deuxième « épisode », qui renvoie au film noir (avec une référence appuyée à « La dame de Shanghai ») et à l’expressionisme, et le troisième qui évoque Kurosawa (en particulier « Rashomon ») sont d’une beauté visuelle époustouflante. Le denier « épisode », qui précède un beau plan final, est parfaitement représentatif des limites de l’entreprise : il s’agit d’un impressionnant plan-séquence de plus d’une demi-heure dans lequel la virtuosité l’emporte sur le contenu, devenant en quelque sorte une démonstration de savoir-faire, où la technique, qui devrait être un moyen, devient une fin, ce qui peut être discutable. Au final, l’éblouissement l’emporte tout de même sur la circonspection.