Sexe, argent et mépris de caste
Drame érotique ! Voilà un genre un peu oublié qui revient sur nos écrans grâce au mexicain Michel Franco après son très intéressant Despues de Lucia de 2012 et le consternant Sundown de 2021. Alors, cette fois, ces 98 minutes sont-elles à classer dans le haut ou le bas du panier ? Fernando, un jeune danseur de ballet originaire du Mexique, rêve de reconnaissance internationale et d’une vie meilleure aux États-Unis. Convaincu que sa maîtresse, Jennifer, une Américaine mondaine et philanthrope influente, l’aidera à réaliser ses ambitions, il quitte clandestinement son pays, échappant de justesse à la mort. Cependant, son arrivée vient bouleverser le monde soigneusement construit de Jennifer. Elle est prête à tout pour protéger leur avenir à tous deux, mais ne veut rien concéder de la vie qu'elle s'est construite. Deux sujets pour un même film, c’est sans doute un de trop pour Michel Franco qui va très vite abandonner celui qui traite des conditions de vie des migrants aux USA pour se consacrer à l’affrontement physique et psychique des deux amants. Se laisse voir quand même.
La lutte des classes dans toute sa splendeur… ou plutôt son horreur. C’est l’histoire – qu’on pressent d’emblée impossible – à cause des frontières politiques mais aussi sociales. Il s’agit ici de l'incarnation parfaite de l’hypocrisie bourgeoise de gauche dans une Amérique livrée à la droite Trumpiste. Mais, au lieu d’affronter franchement cette problématique, Franco la fuit à force d’ellipses, de scènes courtes et d’une froideur ambiante, tant dans les décors que dans les rapports « humains ». Au lieu de le dénoncer ouvertement, le film se contente de suggérer le racisme ordinaire et le sentiment d'arrogance supérieure d'une classe et partant, d'une nation vis-à-vis d'une autre. Certains regretteront peut-être un trop plein de scènes de sexe. Mais, soyons honnêtes, elles sont plus que de simples ébats amoureux ; elles ne sont pas là pour provoquer, mais pour révéler les personnages, au service de l’histoire. Et c’est assez rare pour être souligné. Chez ce cinéaste, les relations intimes sont aussi des relations de pouvoir. Ce film est sensuel, brutal et beau à la fois, même si, je me répète, il passe en partie à côté de son vrai sujet.
Jessica Chastain, prend ici le risque d'interpréter un rôle de femme peu aimable et manipulatrice et s'en tire avec talent, en parfait complément et contraire d'un Isaac Hernández, presque novice au cinéma et véritable étoile de la danse de l'American Ballet Theatre, qui a visiblement puisé dans sa propre existence pour rendre une copie aussi impeccable. L'alchimie de leur couple, tout en tension et en intoxication, fonctionne en tout cas parfaitement. Ajoutons à ce duo sulfureux les belles prestations de Rupert Friend et Marshall Bell. En plein show de téléréalité permanent de Trump, le film tient du cauchemar bien réel. Une réflexion profonde sur notre monde et le cynisme ambiant.