Italie1946, dans un quartier de Rome. Le pays vient de perdre la guerre. Les soldats américains sont encore présents et contrôlent la transition. D'importantes élections approchent, et pour la première fois, les femmes auront le droit de vote. En attendant, la société reste résolument patriarcale.
L'histoire va nous narrer la vie de Délia, femme avoisinant la cinquantaine, mère de trois enfants. Elle doit gérer les tâches familiales, tout en s'occupant d'un beau père grabataire et grossier. Mais elle exerce aussi divers petits boulots à l'extérieur. Ivano, son mari, exige de Délia qu'elle lui donne les quelques lires gagnées, et veut un foyer parfaitement entretenu. Sinon, attention aux gifles. Ivano a la main leste. Mais Délia résiste à sa manière. Généreuse, consciencieuse, obstinée et sacrificielle, elle parvient à garder une grande dignité, dans un univers où le sexe mâle impose son pouvoir avec une certaine vulgarité. Un jour, elle croise Nino, un garagiste qui fut autrefois son prétendant.
Cette chronique socio-familiale fonctionne à merveille. On s'attache très vite à cette femme courageuse, interprétée avec un sacré brio par Paola Cortellesi, qui a également assuré la mise en scène. Et tous les autres rôles tiennent aussi la route.
Les décors correspondant à l'époque sont très réalistes.
Le film, aurait pu être traité comme un drame pur et simple. Mais la réalisatrice apporte souvent de la légèreté par des moments drôles ou des dialogues bien tournés. Même la violence d'Ivano peut s'apparenter à une danse.
Les morceaux musicaux choisis, parfois surprenants, ajoutent un souffle agréable à la trame.
Les dernières scènes imprègnent le film d'un réel suspense, et la fin ne fut pas du tout celle que j'attendais. Vanité et certitudes se font parfois piéger.
Filmée dans un joli noir et blanc, cette comédie féministe nous réconcilie avec ce genre. "Il reste encore demain" est à mille lieues de ces débilités poussives et alimentaires qui inondent nos grands écrans chaque mercredi, et ça fait vraiment du bien.
Merci donc à Paola Cortellesi que je suivrai dorénavant attentivement et amoureusement.