Plus qu'un succès, "C'è ancora domani" a presque été un phénomène en Italie. Plus de 5 millions d'entrées, une projection organisée au sein même du Sénat, des appels à le montrer dans les écoles, et la mention du film à travers de sordides affaires de féminicides très médiatisées en Italie.
Je suis allé le voir à froid lors d'une rediffusion en salles, je m'attendais à un film sérieux et sombre qui rend hommage au néo-réalisme. Et bien je peux dire que la baffe que se prend l'héroïne au lever du lit par son ordure de mari dès les premiers plans, je me la suis prise aussi (figurativement bien entendu).
"C'è ancora domani" est un film qui ose, à tous les niveaux. D'abord dans son ton. Le film référence clairement le néo-réalisme italien, avec ce portrait de la misère vécue par les classes populaires au sortir de la Guerre. La première scène, où Paola Cortellesi sert de carpette humaine en préparant tout pour toute la famille au lever, fait fortement écho au début de "Una giornata particolare", où Sophia Loren faisait de même. Sauf que c'est une comédie ! Et bien drôle qui plus est.
Paola Cortellesi réalisatrice choisit de grossir le trait pour évoquer l'emprise du patriarcat italien sur les épouses et les filles durant l'après-guerre. Le mari est une ordure finie, le beau-père grabataire encore pire, les deux garçonnets des andouilles indisciplinées. Les dialogues sont bien fleuris, les situations décalées. Et l'on rit, malgré l'horreur que subit l'héroïne (magnifique Paola Cortellesi, qui s'offre le premier rôle).
Ensuite, c'est la mise en scène qui sort régulièrement des sentiers battus. Là où l'ensemble reste globalement conventionnel, la réalisatrice propose des fulgurances qui tranche avec l'allure néo-réaliste de l'ensemble. Des ralentis, des tournoiements de caméra, de la musique moderne très différente de ce qu'on peut habituellement entendre... Et ces fameux scènes de violence conjugale, tournées comme une danse. Un choix qui aurait pu être maladroit, voire malsain, mais qui finalement ne fait que renforcer le dégoût pour ce type de comportement.
Enfin, le film voit juste dans la manière d'aborder ses idées. Ca aurait pu être une critique basique de la société phallocrate, mais heureusement l'ensemble va bien plus loin. C'est tout un système qui oppresse notre héroïne. A tel point que sa fille, qui la méprise parce qu'elle ne se rebelle pas, ne se rend pas compte qu'elle emprunte le même chemin. Ce jusqu'à un dernier acte plein de tension qui amène à une jolie réflexion politique.
Un beau film à voir !