Après La Panthère des Neiges, Vincent Munier revient à ses origines, au cœur des forêts vosgiennes, dans une œuvre aussi contemplative qu’empreinte de transmission. C’est là, dans ce théâtre végétal brumeux, que tout a commencé pour lui. Il y revient aujourd’hui avec son fils Simon, sous le regard discret mais toujours vibrant de son propre père, Michel. Trois générations, un même amour silencieux et profond pour la forêt, pour le vivant, pour l’éphémère et le fragile.
Le film s’ouvre sur un plan en noir et blanc, brume montant entre les troncs, et une bande-son chorale, presque sacrée, qui donne à ces images une solennité paisible. La forêt s’éveille, bruissante, nue et sans commentaires, laissant place à l’écoute attentive de l’invisible. Ici, la parole se tait, pour mieux entendre la chouette dans la neige, le pic émergeant d’un tronc creux, le craquement d’une branche ou le frémissement d’un cerf traversant un lac au lever du jour.
Le regard est précis, le cadre ample, le rythme lent — mais jamais pesant. Vincent Munier, fidèle à sa démarche de photographe animalier, filme à hauteur d’animal. Il ne chasse pas l’image, il l’attend. Il ne montre pas la nature comme un décor, mais comme un monde autonome, habité, vibrant, et souvent menacé.
Ce n’est pas un documentaire au sens strict, mais un poème visuel et sonore. La bande-son, superbe, capte les bruissements les plus ténus, les silences habités, et même les perturbations : un avion lointain zèbre le ciel d’un grondement sourd, rappelant la fragilité de cet équilibre. L’homme est là, en creux, par ses traces, ses absences, ses intrusions.
À mesure que le film avance, le spectateur découvre le chant discret d’une forêt tempérée, entre pluie, neige, orages et éclaircies. Le lynx apparaît, furtif, presque irréel. Et surtout, plane la figure du Grand Tétras — oiseau mythique, disparu de nombreuses forêts européennes, dont le chant résonne ici comme un dernier appel. Symbole d’un monde ancien en train de s’effacer sous nos yeux indifférents.
Le dernier tiers du film nous transporte en Norvège, dans une quête presque initiatique, où l’émotion affleure : un regard posé sur l’invisible, un silence partagé entre un grand-père et un petit-fils, une transmission qui passe par les sens, par l’écoute. Il ne s’agit pas ici de dénoncer ou de convaincre, mais de faire ressentir. L’humanité n’est plus au centre du monde, elle en est un souffle parmi d’autres.
Le Chant des Forêts est un moment de calme, un espace de ressourcement, un cinéma de la lenteur et de la sensation. Il réveille en nous une mémoire ancienne, un besoin d’attention au vivant, une conscience que la beauté est fragile, que l’écoute est une forme de résistance.
Conclusion
Je recommande vivement la sélection de ce film. Il offrira au public une expérience sensible et sensorielle rare, propice à la réflexion comme à l’émerveillement. Sa forme contemplative, son propos écologique subtil, et sa qualité esthétique en font un objet précieux. Un film idéal pour inviter à « écouter la forêt » et, peut-être, à mieux écouter le monde.