Sur le papier, « She rides shotgun » avait un potentiel certain pour être une œuvre puissante et surprenante. Il y avait l’aspect suspense avec cette cavale à travers les États-Unis, le côté plus dramatique avec la relation entre un père et sa petite fille ainsi que le sous-texte intéressant sur cette simili secte de trafiquants et suprémacistes blancs. Peut-être que le jeune réalisateur Nick Rowland, dont c’est seulement le second film, n’avait pas encore la maturité pour faire murir comme il le faut son histoire prometteuse et en extraire toutes les possibilités narratives et émotionnelles. En l’état, ce long-métrage se regarde mais déçoit beaucoup par ses ratés et maladresses sur de nombreux points. Il se range par conséquent dans la longue liste des films de remplissage pour les plateformes, en l’occurrence Prime ici.
Le problème principal du film est sans conteste sa narration bancale et remplie de bien trop de zones d’ombre. Après une entame intrigante et oppressante, prompte à moultes développements passionnants, « She rides shotgun » nous cueille surtout par la très belle et originale relation entre ce papa sorti de prison et sa jeune fille dont la mère et le beau-père viennent d’être assassinées par les mêmes qui poursuivent son géniteur. Les rapports entre les deux sont particuliers mais beaux et vraiment bien dépeints. Ils nous touchent en plein cœur et constituent le noyau émotionnel du long-métrage ainsi que son versant le plus réussi. Et, surtout, ils permettent de découvrir une fabuleuse jeune actrice, Ana Sophia Eger. La jeune fille est renversante et son jeu d’une richesse inouïe. Couplé à un Taron Egerton qui ne cesse de surprendre, ils forment un très beau duo de cinéma dans un film malheureusement pas à la hauteur.
En effet, pour le reste, voilà une œuvre qui se regarde sans déplaisir et qui aurait pu être fascinante. Elle se heurte cependant à trop d’écueils et de manquements. Déjà certaines invraisemblances dérangent, comme le plan tarabiscoté du gentil flic ou la manière dont la petite fille semble peu concernée par le mort de sa mère, entre autres petites incohérences. Ensuite, tout ce qui concerne l’intrigue policière et la chasse à l’homme manque de véritable tension et surtout d’un contexte plus clair. Les enjeux et les raisons de cette traque sont mal exposées, presque nébuleuses, et le scénario tente de créer une mythologie avec cette sorte de secte raciste de trafiquants de drogues mais tout est mal amené et peu crédible rendant la menace peu palpable. Puis quand le final arrive, c’est du même acabit : peu convaincant, elliptique et raté ce qui annihile toute tension et impacte l’aspect émotionnel de ce « She rides shotgun ». Bref, un film qui aurait pu être grand mais qu’on oubliera vite si ce n’est sa jeune actrice épatante.
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