*Belladone*, réalisé par Alanté Kavaité, est un thriller psychologique fascinant et étrange, porté par une distribution impressionnante. Le film plonge le spectateur dans une communauté isolée où la lumière et la couleur traduisent avec précision les émotions conflictuelles de l’héroïne, incarnée par Nadia Tereszkiewicz. Cette jeune femme, responsable des personnes âgées sur une île, est plongée dans un environnement déstabilisant, vécu à travers ses yeux grâce à une caméra subjective qui accentue son rôle de témoin passif, impuissant face aux événements perturbants qui se déroulent autour d’elle.
Le film oscille entre fascination et répulsion, capturant des scènes où le désir se mêle à la violence émotionnelle, avec des rêves érotiques et des pensées obsédantes. La médecin incarnée par Daphne Patakia devient l’objet de fantasmes, tandis que le frère de la médecin, joué par Dali Benssalah, suscite également une fascination trouble. Ce climat ambigu est renforcé par une comparaison poignante entre le nombre d’humains et de poules, soulignant la nature presque carcérale et déshumanisante de la communauté.
L’héroïne vit dans l’isolement et la frustration, son existence marquée par un désir de revanche lié à son enfance et à une relation avortée avec sa mère disparue. Le travail sur la lumière et la couleur dans *Belladone* est fondamental, la baie rouge représentant le contraste entre passion, désir et danger. Les teintes de rouge renforcent cette ambiguïté, où le plaisir devient synonyme de destruction. L’atmosphère troublante du film met en lumière la dualité des sentiments humains, où le plaisir peut se transformer en poison. Le film propose ainsi une réflexion profonde sur l’intensité et les contradictions de la nature humaine.
Ce film présenté sous la forme d’une fable est néanmoins assez réaliste. Il donne beaucoup à réfléchir sur l’avenir de nos ainés. L’ensemble du film est réussi et bien réalisé. Le scénario est original et soigné. L’interprétation de tous ses personnages est tout à fait convaincante emmenée par des actrices et acteurs qui donnent le meilleur d’eux-mêmes avec beaucoup de réalisme. Au final, ce film nous apporte une autre vision sur la fin de vie et la réalisatrice a su très bien transcrire cela.
Bernard CORIC
(Film visionné en projection de presse le 16/01/2025 au Club Marbeuf à PARIS)