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Rome, 1938. Le soleil, pourtant si vif, semble filtré par un rideau de plomb. Dans un immeuble que les cris de la foule ont déserté, deux êtres se croisent. Elle, Antonietta, épouse enrubannée d’un mari fasciste, mère comme on l’était à l’époque — c’est-à-dire, beaucoup, trop, sans se plaindre. Lui, Gabriele, un homme seul, un peu cassé, en instance d’effacement. Ensemble, ils vont déplier la journée comme une nappe ancienne : froissée, mais pleine d’histoires.
Un battement d’ailes. Voilà ce qu’est ce film. Un battement d’ailes dans la tempête brune du fascisme. Ettore Scola n’élève pas la voix. Il chuchote dans le vacarme. Sa mise en scène semble prise d’humilité : longs plans séquences, cadrages tamisés, rien de démonstratif. Et pourtant, chaque geste y devient un poème. Une tasse posée, un œil qui hésite, un silence trop long : tout fait sens, tout fait monde.
Sophia Loren, sans rouge à lèvres ni glamour d’usage, transcende. Elle plie son linge comme on enfouit des rêves. Mastroianni, en contre-emploi somptueux, devient l’homme que la société nie — et que le film magnifie. Le duo frôle la danse. Une valse discrète, sans musique.
On n’est pas ici pour crier au génie. On est là pour écouter les silences. Pour entendre un cœur battre plus fort que les tambours de la parade. Pour voir, entre deux gestes anodins, se lever une tempête intime. Ah, si seulement on pouvait enfermer cette journée dans une boîte à musique…
Certains diront que Une journée particulière est lent. Moi je dis qu’il prend son temps — comme une vieille conteuse assise sur un banc, le regard vague, les souvenirs précis. Le film dure une journée, mais il hante toute une vie. Et ce n’est pas un compliment galvaudé, c’est un aveu.
À la fin, tout reprend sa place. L’Histoire continue, impitoyable. Mais nous, spectateurs émus et un peu orphelins, on sait qu’il s’est passé quelque chose. Quelque chose de minuscule. Quelque chose de gigantesque.
Et si l’amour n’était qu’un regard échangé entre deux invisibles, loin des tribunes, dans une cuisine qui sent le café froid et le linge humide ?…