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Sulana Luce
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5,0
Publiée le 2 mai 2025
Certains films nous accompagnent tout au long de notre vie. "Une journée particulière", chef d’œuvre du cinéma italien du réalisateur Ettore Escola ne déroge pas à la règle. Diffusé de nouveau à la télévision, avec cette fois-ci, un changement de taille : en version originale. Je ne m'en lasse pas ! Ce fut déjà le cas, en 2023 dans le cadre du Festival du Cinéma Italien de Bastia. Sur grand écran, tout nous paraît surdimensionné ! Une entrée en matière qui nous glace le sang, des documents d'archives de la visite d'Hitler en Italie. Un déploiement militaire attestant de la toute puissance de l'armée italienne pour impressionner son allié allemand. L’évènement qui convoque toute une population en liesse. Marcello Mastroianni, à la frontière de l'ironie et de la tragédie. Sofia Loren en mère de famille dévouée, épouse délaissée et trompée, admiratrice de Mussolini. Quand un concours de circonstance lui offre un répit, une bouffée d'oxygène, un chemin vers une liberté de courte durée. Tout les sépare et pourtant ! Émouvant, bouleversant... A voir sans modération !
Pour le lecteur pressé, en moins de 3 minutes : Pour découvrir ma critique vidéo complète, copier/coller "cinéma sans fard + un journée particulière" sur YouTube ! Et s'abonner à cette chaîne Youtube où je publie régulièrement ces articles, pour n'en rater aucun !
Rome, 1938. Le soleil, pourtant si vif, semble filtré par un rideau de plomb. Dans un immeuble que les cris de la foule ont déserté, deux êtres se croisent. Elle, Antonietta, épouse enrubannée d’un mari fasciste, mère comme on l’était à l’époque — c’est-à-dire, beaucoup, trop, sans se plaindre. Lui, Gabriele, un homme seul, un peu cassé, en instance d’effacement. Ensemble, ils vont déplier la journée comme une nappe ancienne : froissée, mais pleine d’histoires.
Un battement d’ailes. Voilà ce qu’est ce film. Un battement d’ailes dans la tempête brune du fascisme. Ettore Scola n’élève pas la voix. Il chuchote dans le vacarme. Sa mise en scène semble prise d’humilité : longs plans séquences, cadrages tamisés, rien de démonstratif. Et pourtant, chaque geste y devient un poème. Une tasse posée, un œil qui hésite, un silence trop long : tout fait sens, tout fait monde.
Sophia Loren, sans rouge à lèvres ni glamour d’usage, transcende. Elle plie son linge comme on enfouit des rêves. Mastroianni, en contre-emploi somptueux, devient l’homme que la société nie — et que le film magnifie. Le duo frôle la danse. Une valse discrète, sans musique.
On n’est pas ici pour crier au génie. On est là pour écouter les silences. Pour entendre un cœur battre plus fort que les tambours de la parade. Pour voir, entre deux gestes anodins, se lever une tempête intime. Ah, si seulement on pouvait enfermer cette journée dans une boîte à musique…
Certains diront que Une journée particulière est lent. Moi je dis qu’il prend son temps — comme une vieille conteuse assise sur un banc, le regard vague, les souvenirs précis. Le film dure une journée, mais il hante toute une vie. Et ce n’est pas un compliment galvaudé, c’est un aveu.
À la fin, tout reprend sa place. L’Histoire continue, impitoyable. Mais nous, spectateurs émus et un peu orphelins, on sait qu’il s’est passé quelque chose. Quelque chose de minuscule. Quelque chose de gigantesque.
Et si l’amour n’était qu’un regard échangé entre deux invisibles, loin des tribunes, dans une cuisine qui sent le café froid et le linge humide ?…
A l'heure où toute l'Italie mussolinienne accueille en grande pompe le Führer -un long préambule d'images d'archives rappelle la situation politique italienne en même temps que la tache que représente la période fasciste dans l'Histoire du pays- à ce moment, dans leur résidence désertée, une mère de famille (nombreuse) et un intellectuel se rencontrent, le temps d'une journée particulière, d'une journée probablement sans lendemain. Sophia Loren et Marcello Mastroianni composent très brillamment deux personnages savoureux tour à tour drôles et graves. Pendant quelques heures, d'un appartement à l'autre, Antonietta et Gabriele confrontent leur solitude et leur lassitude, leur besoin d'amour aussi...que les moeurs de Gabriele manqueront forcément de satisfaire. Sensibles, fébriles et touchants par leur humanité, Antonietta et Gabriele, d'une certaine façon, incarnent les laissés pour compte ou les parias du fascisme italien. Scola est habile dans l'ébauche de ces brefs portraits, de ces personnages fugitifs qui existent pleinement par eux-mêmes tout en étant un reflet de l'Italie de l'immédiate avant-guerre. Notons, enfin, ce joli moment de comédie italienne, au début du film, que constitue le réveil matinal chez les Tiberi.
Alors que tout le quartier a déserté les lieux pour aller saluer Mussolini et Hitler, une femme, mère de six enfants, malheureuse en ménage et forcée de rester sur place pour accomplir le devoir conjugal, va faire la rencontre de son voisin d'en face. L'un comme l'autre, comme le titre l'indique et avec la retransmission radio en arrière-fond, vivront une journée particulière avant d'en retourner à leur solitude. Bon, sérieusement les gars, qu'est-ce que vous voulez que je dise de plus, hein ? Tout a été dit au sujet de ce film. Alors on va faire court : il l'était déjà en 1977 et il l'est encore aujourd'hui : pas seulement un monument intouchable du cinéma italien, mais un monument intouchable du cinéma tout court. C'est simplement beau, pur, pudique et humain. Quant à Sophia et Marcello, ils finissaient de graver leur nom dans l'histoire du cinéma. Leur complémentarité atteignant ici son point culminant. A ce niveau de perfection, ça n'est pas 5, mais bien 6 étoiles qui s'imposeraient.
Whaou ! J'ai pas les mots, je suis totalement bouleversé et même pour aller plus loin j'ai même fait une standing ovation seul dans mon appart.
Je ne sais pas quoi dire à part que tout est parfait, toutes les idées de Scola relèvent du génie. Il y a notamment ce passage où le duo de protagonistes commence à s'amuser, à prendre des libertés avec cette rumba jusqu'à ce que la concierge allume sa radio qui va polluer l'espace sonore de cette parade fasciste. Ces paroles radiophoniques comme pour rappeler aux deux personnages qu'ils ne sont point libres dans ce régime autoritaire, leurs gestes et paroles sont controlés par le Duce. Les personnages sont enfermés chacun dans leur demeure, nous ne sortons à aucun moment de cette résidence à l'architecture angoissante et oppressante. Sophia Loren est condamné dans son image de “femme au foyer“ qui n'est que là pour servir aux tâches ménagères et aux plaisirs de son mari machiste. Marcello Mastroianni, est un journaliste qui a été renvoyé récemment d'une radio sur un des seuls motifs qu'il était homosexuel.
Cette journée particulière leur a permis à chacun de prendre des libertés qu'ils n'ont jamais véritablement connu et qu'ils ne connaîtront jamais à l'avenir tant que le pouvoir fasciste sera en place. Dans un autre registre ça m'a assez rappelé la relation entre Meryl Streep et Clint Eastwood dans Sur la route de Madison , chacun ayant quasiment la même profession que dans le film d'Ettore Scola.
La solitude des personnages est parfaitement retranscrite déjà avec l'impressionnante performance de Sophia Loren et Marcello Mastroianni, chapeau à eux. Tous les dialogues paraissent naturels et sincères grâce à leurs jeux. Les décors jouent aussi un rôle important avec toute cette déco en lien avec le régime dans l'appartement de Antonietta. On est vraiment étouffé par toute cette propagande qui est amplifié par la radio tout le long du film.
Puis, bon ça parle de sujets forts et importants, la place de la femme ou celui des homosexuels qui n'est pas souvent évoqué et encore très peu j'ai l'impression. Toutes ses personnes qui ont dû être déporté durant la Seconde guerre mondiale, qui ont été humilié, qui ont du porté ce triangle rose, sur le seul motif qu'ils aiment tout simplement. C'est assez révoltant de penser que ce genre de pratiques pouvait se faire. Soyons libres d'être qui nous sommes et d'aimer qui nous voulons.
Un superbe film, basé sur une rencontre particulière, entre cette ménagère et un homosexuel, sur fond de festivités fascistes. Le thème pousse à son apogée le conflit des valeurs et des idéaux. La rencontre humaine, la sentimentalité et même la sensualité raffinée, en opposition au machisme, à la virilité guerrière, à la déshumanisation des hommes transformés en viande à parti. Par moments, le fond sonore est un peu pénible, mais il faut pourtant convenir que cette horreur est bien là pour nous donner le plaisir du contraste, comme le vacarme d’un trafic routier qui ne saurait recouvrir totalement les chants des oiseaux. Un film qui, dans un autre registre, évoque celui de Clint Eastwood : « Sur la route de Madison ».
6 mai 1938, Hitler débarque à Rome pour rencontrer Mussolini. Une gigantesque parade draine toute la population... ou presque. Deux êtres, seuls dans un complexe immobilier, vont se retrouvés confrontés à leur statut. Antonietta est une mère de famille fière d'être fasciste, mais complètement lessivée par ses 6 enfants, ses corvées, et un mari bien macho. Gabriele est un intellectuel insaisissable, complètement éloigné de son univers, et au bout du rouleau. Cette journée particulière va les réunir... Ettore Scola signe là un film important. Evoquant l'introspection de deux personnes foncièrement différentes, mais brossant également un portrait acerbe de la société fasciste qui les rejette. Et il réussit très bien sur les deux tableaux. Déjà sur la forme, c'est inattendu mais très soigné. Loin de se livrer à de statiques dialogues en intérieur, Etttore Scola enchaîne les travelings narratifs à l'intérieur de ces immeubles & appartements. Et il adopte une photographie sépia, à deux doigts du noir & blanc, qui donne un aspect irréel à l'ensemble. Un peu comme un souvenir qu'on essaierait de retrouver. Tandis que cette interaction entre les deux personnages aurait pu être forcée, ou peu naturelle, mais il n'en est rien. Le film doit beaucoup à ce niveau à ses deux comédiens. Forcément, quand on a Sophia Loren et Marcello Mastroianni sous la main, ça aide ! Les acteurs parviennent à exprimer des émotions complexes et fortes qui montent crescendo, pour culminer dans quelques très belles scènes, ou un final déchirant. L'ironie étant que leurs réflexions intimes sur leur statut, leurs envies, leur place dans cette société, se fait sur fond de radio qui couvre la parade... et donc d'hymnes fascistes et nazis ! Idem, avec le ton sépia, les éléments qui ressortent visuellement le plus sont... les swastika bien rouges accrochées à l'extérieur ! Une œuvre poignante, et historiquement ultra pertinente. D'autant que certaines idées sur la place de la femme ou des minorités ont encore aujourd'hui toute leur valeur.
Film d'une incroyable modernité et hélas toujours d'actualité sur l'exclusion, la différence, l'intolérance et les préjugés. Duo d'acteurs séduisants dans une Italie fasciste et pas vraiment "dolce vita".
Magnifique. Un moment hors du temps. La photographie est parfaite, Sofia Loren incroyable (elle me rappelle Meryl Streep dans Sur la route de Madison), et la mise en scène est totalement maîtrisée. Tout est cohérent et pertinent et si le début de l'histoire a un goût de déjà vu le film m'emmène ailleurs et me surprend ensuite pour ne plus jamais me lâcher. Il y a simplement le filtre grisonnant de l'image qui m'a questionné sur sa pertinence, j'aurais aimé plus de couleurs. La teinte semble rappeler la tragédie de la situation amoureuse et politique. Comme si la seule solution pour voir de la couleur était de partir ailleurs dans le temps ou dans l'espace. J'aurais aimé voir la suite de l'évolution de ces deux personnages : de quelle manière leurs ailleurs (littérature, bateau) et leur rencontre allaient peut-être changer leur regard sur le monde. Et si l'espoir existait encore ? Et hop, ce film rentre dans mon top 10 de mes films favoris à côté de La Double Vie de Véronique, du voyage de Chihiro, de Nous nous sommes tant aimés, etc. Merci les films de me faire vivre ces doux moments que je chéris tant.
Ettore Scola, fût considéré comme un des plus important cinéaste italien des années 70-80, alors que le cinéma transalpin était sorti de son âge d'or ( années 50 et 60).
C'est dans la comédie italienne qu'il s'imposera, insistant surtout sur les thèmes sociaux.
" une journée particulière " est un drame, qui s'attache à mettre en lumière la persécution des homosexuels ( ici pendant la période Mussolinienne, peu avant le déclenchement de la seconde guerre mondiale).
La force du film porte sur son interprétation de grande qualité conduite par Mastroiani et Loren ( magnifique, malgré sa volonté de s'enlaidir pour les besoins du film).
Même si "une journée..." obtint une grande reconnaissance critique et publique, il ne me semble pas sans défaut dans son écriture.
Le manque de rythme qui l' affecte pendant une grande partie, le manque de profondeur de ses dialogues, conduit à exprimer quelque réserve sur son aspect formel.
Certes, il y a certaines scènes très émouvantes, une photographie sépia réussie et un sens des cadrages indéniable qui font de cet opus de Scola une œuvre imparfaite mais attachante.
Scola n'eut pas que des thuriféraires. L'historien du cinéma Jean Tulard a manifesté de la sévérité à son égard, voyant en lui un cinéaste engagé mais un peu caricatural.
Tulard le compare notamment au Mr Prudhomme du caricaturiste Henri Monnier, c'est à dire à un enfonceur de porte ouverte.
Le coup de griffe est sans doute trop radical, mais Scola s'il est incontestablement un bon cinéaste, n'atteint pas, selon moi, le niveau de perfection de certaines signatures phare du cinéma italien.
" une journée..." est sans nul doute un film à connaître, mais Scola atteindra véritablement, à mon avis, les sommets de son art avec " affreux, sales et méchants " et " nous nous sommes tant aimés ".
Pas très attrayant dans le rythme ni la qualité des images. Le film tire sa force du contexte politique de l'action, de la force de l'interprétation et d'une histoire très originale. Mention également au décor de l'immeuble d'habitation typique.
En 1977, le réalisateur italien Ettore Scola livre un long-métrage d’une profonde réflexion sur la solitude morale et l’exclusion, récompensé du César du meilleur film étranger. A Rome, en mai 1938, Mussolini accueille Hitler. Toute la population célèbre cette rencontre, à l’exception de deux individus. Une femme au foyer (Sophia Loren) méprisée par son mari et un homosexuel (Marcello Mastroianni) rebut des idéologies nazies. C’est l’occasion pour ces deux personnes isolées de se rencontrer et de se confier. Ces échanges sont à la fois sensibles et percutants, toujours accompagnés d’une radio qui diffuse les chants et les discours à la gloire des deux dictateurs. Bref, une œuvre sobre qui évite néanmoins tout sentimentalisme facile.
Qu’on ne se trompe pas : ce film est le récit d’une rencontre et non d’un fait politique, à savoir la visite du führer dans l’Italie fasciste de 1938. Cette visite explique en fait le pourquoi de cette rencontre : l’immeuble est totalement déserté par ses habitants partis fêter Hitler, et il reste trois personnages : une concierge, un homosexuel maintenu à résidence et une mère de famille nombreuse noyée sous les tâches ménagères. Un mainate épris de liberté amène la fameuse rencontre de ces deux êtres cabossés par la vie, qui ne se connaissent pas, génialement interprétés par Sophia Loren et Marcello Mastroianni. Malgré l’homosexualité de l’un, ils finiront, après une relation de plus en plus fusionnelle, par faire l’amour, et connaitre une courte période de bonheur dans cette époque de folie. Tout est filmé avec passion et légèreté, et les deux monstres sacrés portent cette histoire avec une grande maestria. L’ambiance est génialement rendue avec la bande sonore des festivités extérieures à l’immeuble, les hauts parleurs retransmettant l’« évènement ». Une oeuvre accomplie.
Ettore Scola signe ici un film tout en sensibilité, construisant, en parallèle de la grande histoire, une rencontre de hasard entre deux personnages marginalisés, tandis que l'Italie tout entière regarde ailleurs. Le duo Mastroianni-Loren fonctionne joliment, composant leurs rôles en jouant énormément sur la pudeur et les regards perdus, le réalisateur accentuant encore le contraste entre eux par l'apposition de la musique militaire fasciste sur la relation en train de se nouer. Des idées brillantes au service d'un drame où les non-dits et les silences sont plus importants que le reste.
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5,0
Publiée le 2 mai 2021
Une journée particulière traite principalement de la vie sous le fascisme mais il prend la voie inhabituelle de ne pas le diaboliser directement par des sermons pesants et moralisateurs. Le fascisme est dépeint comme une activité normale et les fascistes comme des personnes ordinaires avec des enfants, des conjoints, des emplois, des aspirations plutôt que comme des monstres. Le véritable déviant est Gabriele (Marcello Mastroianni) un intellectuel qui refuse de s'inscrire dans le programme non pas pour des principes particulièrement idéalistes mais pour des raisons personnelles soigneusement révélées tout au long du film. La vie d'Antonietta n'est pas plus facile parce que son foyer est fasciste. Avec un mari et six enfants à charge elle a renoncé à ses rêves et à son bonheur pour servir les autres. A peine alphabétisée elle supporte mal que son mari la trompe avec une maîtresse d'école. La performance de Loren est particulièrement remarquable pour la façon dont elle atténue sa beauté légendaire pour devenir une femme d'une quarantaine d'années pâle à l'air fatigué et aux yeux enfoncés. S'il y a encore un doute sur le fait que Loren était une excellente actrice dramatique ce film en est la preuve. C'est aussi un film divertissant et profondément humaniste dont la politique est organiquement mêlée à l'histoire de deux personnes en quête d'un nouveau but dans leur vie. Quiconque a déjà été traité injustement parce qu'il est différent ou quiconque s'oppose simplement à l'intolérance pour des raisons morales ou déplore la réduction des libertés civiles ne peut manquer d'être touché par ce film spécial...