Une page après l'autre trouve ses racines dans le vécu personnel de son réalisateur Nick Cheuk. Ce dernier confie : "Je pense que tout le monde a déjà vécu cette expérience : voir quelqu'un, et pendant une fraction de secondes, se rappeler à quoi il ressemblait autrefois, ou entendre une phrase particulière et se souvenir qu'une personne qui n'est plus là vous avait dit la même chose."
"Lorsque les souvenirs affluent, c'est comme dans un film où le récit n'est pas linéaire : en cinq secondes, on a l'impression d'être transporté 15 ans en arrière, puis de revenir au présent. J'espère que ce film pourra retranscrire cette sensation."
Pour concevoir Une page après l'autre, Nick Cheuk a puisé dans les œuvres de certains cinéastes qu'il admire profondément. Le metteur en scène précise : "J'aime beaucoup de réalisateurs, et certains m'ont beaucoup inspiré pour la réalisation de ce film : Mike Mills, Xavier Dolan, Greta Gerwig, Barry Jenkins, Sofia Coppola. Ils ont tous un point commun : ils ont tous réalisé des films semi-autobiographiques avec un style personnel très marqué et une honnêteté totale."
"J'ai longtemps douté que l'histoire que j'avais écrite méritait d'être adaptée au cinéma, craignant que cela ne soit trop complaisant, mais les œuvres de ces réalisateurs m'ont encouragé à me lancer."
L'acteur Lo Chun Yip est un ancien camarade de classe de Nick Cheuk, qui a joué dans un court métrage que le cinéaste a réalisé lorsqu'il était en école de cinéma : "En le revoyant, j'ai redécouvert qu'il avait une sorte de fragilité pathologique — brisé mais doux, refusant obstinément d'exprimer ses vrais sentiments pour ne pas blesser les autres — qui correspondait parfaitement au personnage de M. Cheng dans mon scénario."
L'expérience du personnage de M. Cheng provient de deux sources. Nick Cheuk raconte : "Dans la vie, j'entends parfois des histoires de personnes qui font des choses vraiment horribles à leur partenaire, tout comme M. Cheng a profondément blessé sa femme, et je ne peux m'empêcher de me demander : au fond, ces gens savent-ils qu'ils ont mal agi ? Qu'est-ce qui les a construits tels qu'ils sont aujourd'hui ?"
"D'un autre côté, l'image des enseignants de lycée à Hong Kong est généralement rigide et sérieuse ; les enseignants doivent se comporter comme des adultes mûrs et matures devant les élèves. Mais en réalité les enseignants portent leurs propres traumatismes, ils doivent faire face à leur famille, fument quand ils sont contrariés, ont leur propre vie sexuelle et pleurent lorsqu'ils sont tristes."
Sean Wong, le jeune acteur interprétant Eli, a impressionné Nick Cheuk dès les auditions par sa maturité. Contrairement aux autres enfants, il a choisi de montrer une certaine retenue émotionnelle lors d'une scène difficile (celle où le personnage se fait sévèrement réprimander par son père). Le cinéaste confie :
"Habituellement, les autres enfants acteurs se mettent à pleurer dès qu'ils prononcent leurs répliques,mais Sean a fait un choix différent : il a fait de son mieux pour ne pas pleurer devant son père, car il comprenait que le personnage voulait avoir une chance de prouver qu'il pouvait continuer à étudier sérieusement."
"Ce n'est que lorsque le personnage a réalisé que son père avait perdu tout espoir en lui qu'il s'est finalement effondré. C'était déjà déchirant lors de l'audition ; j'ai senti qu'il était devenu Eli dans l'histoire, alors j'ai immédiatement demandé au premier assistant réalisateur de programmer ses dates de tournage."