Alors que la France se cherche un Premier ministre tous les six mois, "Fils de" tente de coller à l’air du temps. Avec un casting solide (Karin Viard, François Cluzet, Alex Lutz, Jean Chevalier…), on pouvait s’attendre à une véritable fresque politique, même si la bande-annonce laissait déjà entrevoir une comédie aux accents 70’s.
Finalement, ce décor rétro n’occupe que la scène d’ouverture. L’intrigue se déroule dans un présent alternatif, sorte d’uchronie post-macronienne où un président de gauche aurait pris le pouvoir. Pas question ici d’aborder la démocratie, encore moins un hypothétique programme politique : tout se concentre sur les petites manœuvres, les coups bas et les ambitions personnelles.
Le film met grossièrement en lumière la fabrication permanente du mensonge politique et la complicité d’une presse trop naïve. Mais ses personnages ne dépassent jamais le stade du cliché. Le sénateur désabusé incarné par François Cluzet, qu’on aimerait crédible en politique déraisonnablement opportuniste, se voit réduit à une banale relation père-fils sans véritable enjeu. Isabelle Barrère (Nathalie Richard), fausse Ursula von der Leyen, ne se définit que par une mine sévère. Patrick Schuff (Alex Lutz) manque d’envergure pour un prétendu ministre de l’Intérieur, et on se demande bien comment la méthode Anne Chalamont (Karin Viard) à bien pu maintenir un édifice aussi brinquebalant pendant toutes ces années. Finalement, seul le duo Nino (le « fils de ») et Malka (journaliste ambitieuse), interprété par Jean Chevalier et Sawsan Abès, tire son épingle du jeu. Mais leur romance maladroite détourne le film de ses ambitions initiales pour… pas grand chose.
C’est là tout le problème d’un film d’1h30 qui ne sait pas choisir son sujet, son époque ni son esthétique. Tout y passe, mais rien ne s’ancre : luttes intestines, jeux de partis, conflits d’intérêts, crise écologique, non-dits familiaux, impasse amoureuse, manipulations… Résultat : le film effleure ses thèmes, recycle des stéréotypes et use de déjà-vu pour accélérer la compréhension.
Dommage, car la mise en scène s’offre quelques belles idées, suivant les personnages de près dans le dédale politique du récit. Et si la clé de voûte tient en ce que le film dépeint le milieu comme peuplé d’opportunistes (la seule caractéristique commune de l’ensemble des protagonistes), l’épilogue illustre bien les limites de l’ensemble : un final improbable pour un film qui, faute de savoir où aller, ne parvient pas à se conclure autrement.
Au final, "Fils de" reste un récit rythmé, jamais ennuyeux et parfois drôle, mais trop frustrant pour qu’on s’attache à une thématique forte. À force de vouloir tout dire, le film finit par ne rien dire vraiment.