Une femme d’âge mûr, aisée socialement, batifolant avec un jeune homme n’est franchement pas nouveau. Les cas étaient courants dans la bourgeoisie et la noblesse en Europe au 18ème siècle. Quant au 19ème, si Mme Bovary a suscité le scandale, ce n’est pas tant à cause de la rareté de son cas, qu’à cause des choix d’écriture de Flaubert. Pour ce qui est des 20ème et 21ème siècles, les mœurs ont tellement changé qu’une telle relation, dans la vraie vie, ne suscite plus que des petits sourires entendus, ou presque aussi blasés que s’il s’agissait d’un quinquagénaire sortant avec une jeune femme. La grande différence d’âge dans un couple, tant pour les hommes que pour les femmes, est devenue tellement banale que les Américains usent d’un terme poétique et drôle, démontrant le côté plutôt tolérant adopté par l’entourage. Ils parlent de : « a May-December relationship ». Mai, faisant référence à la période du printemps pour le jeune homme, ou la jeune fille en fleurs, et décembre, à l’hiver pour l’homme ou la femme d’âge mûr. Donc le fait que Halina Reijn traite ce sujet comme s’il s’agissait d’un tabou, relève du défonçage de portes ouvertes. Certes, le film est fort bien joué, mais hélas, il fonctionne tel un pétard humide. Rien n’explose. Toute l’intrigue est bâtie sur des banalités que l’on présente comme des curiosités. Même, les phantasmes de notre femme mûre sont extrêmement courants. On comprend alors difficilement que la complicité, régnant entre elle et son mari, ne permet pas à celui-ci de les assouvir. En outre, certaines situations sont tellement « cliché » qu’on a du mal à adhérer aux circonvolutions des jeux de séduction et d’emprise entre les amants. Le concept de pétard humide s’applique aussi aux messages féministes que voulait faire passer Halina Reijn. Elle fait dire à une assistante de la femme de pouvoir qu’elle était son idole car elle était arrivée au top en luttant. Or, rien de ce qui est montré dans l’entreprise ne semble représenter des obstacles pour une femme. Et pour cause, de très nombreux postes importants sont occupés par des femmes. On comprend alors que c’est plus par ambition personnelle que par militantisme féministe que la jeune « vizire » veut devenir « califfe » à la place de la « califfe ». Ce qui contredit le message revendiqué. Avec tous ces pétards qui jamais n’éclatent, l’ennuie très vite nous a gagné durant l'avant-première de ce Baby Girl.