Le réalisateur Vincent Maël Cardona nous propose avec « Le Roi Soleil » un huis clos qui ressemble autant à un exercice de style qu’à un jeu de massacre. Dans sa forme le film ne manque ni d’idée, ni d’audace. J’en veux pour preuve le pré-générique, déroutant et presque incongru, ou bien le cours accéléré de sociologue historique que trader Erwan débite à son stagiaire, au milieu des dorures de Versailles. Ce discours (pas nécessairement dénué d’intérêt)
en dira finalement long que ce qui adviendra ensuite.
Le montage inventif du film est son principal atout. Les scènes sont montrées plusieurs fois, selon un angle différent, selon un personnage différent, parfois les détails diffèrent,
parfois c’est une scène imaginée, parfois c’est un flash back qui ne dis pas son nom, une autre fois c’est un futur hypothétique,
pas forcément facile de s’y retrouver pour le spectateur qui s’attendait à un récit plus linéaire. Mais pas d’inquiétude, même si cela parait confus de prime abord, on finit très bien par comprendre qui fait quoi et qui décide quoi. Il y a malgré tout quelques soucis, d’abord le film est trop long d’au moins un bon quart d’heure et il y a des scènes inutiles (le karaoké) dont on ne comprend pas bien ce qu’elles apportent à l’intrigue. L’intrigue justement, consiste en un huis clos à plus ou moins 8 personnages. Un ticket de loto gagnant (on tourne presque 250 millions d’euros) va cristalliser tous les affects, les convoitises, les mauvaises décisions et un bon paquet de péchés capitaux des personnages de ce petit bar PMU. Difficile d’en dire plus sans trop en dire,
mais dans ce petit monde clos, aucun (à part l’heureux gagnant monsieur Kantz) ne résistera à l’appât du gain, à un niveau ou un autre. Au début tout le monde était heureux pour le petit monsieur, mais il a suffit qu’un seul ait un geste mal intentionné pour que les choses dérapent. Il suffirait de pas grand-chose pour que les vraies personnalités de ces gens a priori tout à fait normaux se révèlent, dans toute leur noirceur. C’est le moteur du film, démontrer que si les évènements s’y prêtent, tout le monde peut devenir un être parfaitement amoral. C’est une spirale de mauvaises décisions, d’improvisation et de mauvais sentiment qui va entrainer tout ce petit monde vers une fin que l’on a deviné d’emblée. Le film se termine par une image qu’on a déjà vue au début, il suffit d’être un peu attentif.
Ce scénario, que l’on peut trouver parfois excessif, grand guignolesque ou tiré par les cheveux sur l’enchainement des situations, n’est malgré tout pas dénué de pertinence, notamment sur l’écriture des personnages. Les deux policiers, très bien incarnés par Pio Marmaï (flic à la limite de la rupture déjà avant les évènements) et Sofiane Zermani (son acolyte qui visiblement lui sert de béquille) devraient se montrer exemplaires,
mais plus que l’appât du gain c’est la trouille d’avoir des ennuis qui les motivera… à se créer encore plus d’ennuis
. Abel l’interne en médecine (Panayotis Pascot, malheureusement sous employé ici)
ne prend pas la mesure des évènements du point de vue médical alors qu’il est le mieux placé pour cela.
Nico (Xianzeng Pan) et Esmé sa serveuse (Lucie Zhang, épatante) semblent tiraillés entre les millions et leur morale
(lui un peu plus qu’elle quand même !)
, mais la palme revient à la propriétaire du bar PMU, madame Picon Lafayette. Incarnée parfaitement par Maria de Medeiros ,
cette dame bien mise, probablement déjà fort riche, qui se fait payer ses loyers en liquide et regarde Nico avec une condescendance teinté de racisme, est la preuve que l’argent malhonnête appelle l’argent malhonnête. Personne n’en sortira gagnant, la morale est sauve car au final, le ticket gagnant mal acquis ne profitera à personne et c’est la seule fin qui convenait.
« Le Roi Soleil » est un film audacieux dans sa forme et sa construction, qui ne manque pas d’originalité ou de pertinence mais qui peut dérouter le spectateur ou même le mettre mal à l’aise. Si la violence ne nous ai jamais montré frontalement, l’amoralité dont font preuve presque tous les protagonistes peut quand même laisser songeur.