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Il suffit parfois d’un vol audacieux pour faire vaciller tout un monde. En 2010, cinq chefs-d’œuvre sont dérobés du Musée d’Art Moderne de Paris. À partir de ce fait divers aussi spectaculaire que mystérieux, Dominique Baumard brode un récit tendu, presque absurde, où le luxe horloger côtoie la criminalité postmoderne, à l’image d’un bas-relief de Jeff Koons : fascinant et creux.
Le pitch ? Yonathan Cobb, incarné par Melvil Poupaud en mode faux calme vénéneux, est expert en montres de luxe, mais ses aiguilles tournent à l’envers. Il glisse lentement vers l’ombre, épaulé par Éric Moreno (Sofiane Zermani, solide mais en pilotage automatique), et Jo, cambrioleur magnétique campé par Steve Tientcheu. Le trio s’enfonce dans une spirale de combines, de mondanités, de silences trop lourds et de verres à moitié pleins.
Baumard, caméra nerveuse mais poseuse, joue à Scorsese version Galerie Perrotin. Julien Poupard à la photo donne un grain brut à ce monde trop lisse. Les choix narratifs sont d’une linéarité trompeuse : derrière l’élégance formelle, se cache une critique acide des hiérarchies culturelles, où l’argent lave même les chefs-d’œuvre.
Julia Piaton (Agnès Cobb) et Nitsa Benchetrit (Myriam) tentent de faire respirer ce monde d’hommes par quelques échappées émotionnelles, mais leurs personnages sentent encore le croquis. Mention discrète pour Sophie Vannier en Louise, dont le regard vaut parfois plus que dix lignes de dialogue.
La mise en scène, elle, semble hésiter entre hommage et caricature. Entre un décor de galerie branchée et un squat d’artistes, entre David Fincher et L’Obs. Certains dialogues frôlent le maniérisme : on en sort avec l’impression d’avoir assisté à un TEDx sur l’art et la criminalité, sans les rires, sans l’applaudimètre.
Ce film, c’est un peu comme un dîner mondain où le vin serait bon, mais la conversation tiède. Ni passionnant, ni ennuyeux, mais toujours à deux doigts de basculer dans quelque chose de grand. Ou de gênant. On oscille. On attend. Puis le générique tombe.
On saluera pourtant l’audace : celle de tirer un long-métrage d’un fait divers réel sans sombrer dans le simple polar ou le biopic mécanique. Le cambrioleur Jo, sorte de fantôme des toits parisiens, reste en tête. Et cette dernière scène, presque muette, comme une œuvre volée qui refuserait de parler.
En bref : "Les Règles de l’art", c’est un vol d’art contemporain filmé comme un braquage existentiel, un polar à la française avec des tics de cinéma d’auteur. Un film qui veut trop dire en trop peu de gestes. Mais parfois, l’intention suffit à réveiller l’œil. Un peu comme quand on regarde l’heure sur une montre volée : on sait que c’est beau, on doute que ce soit utile.