James Vanderbuilt a pris en main un projet aussi ambitieux que risqué, proposer un film sur le procès de Nuremberg aujourd’hui, en 2026, dans le monde tel qu’il est. A qui s’adresse ce film, c’est la première question que l’on peut légitimement se poser : au peuple américain de 2026 ou aux enfants du monde d’aujourd’hui qui, tant d’années après la Guerre, ne savent pas grand-chose de l’Histoire ? « Nuremberg » est un film dont j’aurais tant aimé dire du bien, mais j‘en ressors en réalité décontenancée. Il y a tant de choses, de petites ou de grandes choses, qui me dérangent dans ce film à la réalisation scolaire et aux touches d’humour malvenues. Une musique qui souligne les effets alors que ce n’est pas nécessaire (Dieu merci pas dans les moments les plus délicats, encore heureux), une durée trop longue, des dialogues qui parfois frise la naïveté (la fait d’avoir vu ce film en VF n’aide surement pas), et quelques touches de faux suspens un peu ridicules. On sait comment les choses se sont terminées à Nuremberg, à moins d’être un inculte notoire. Reste une reconstitution plutôt réussie de l’Allemagne dévastée, une utilisation parcimonieuse mais intéressantes des images d’archives, ou de fausses images d’archives reconstituées, c’est désormais délicats de distinguer. On va évidemment mettre au crédit de ce film le casting de haute volée qui le compose, Michael Shannon ou Rami Malek faisant tout leur possible pour composer des personnages avec une vraie épaisseur. Shannon y parvient assez bien, Rami Malek un peu moins mais c’est parce qu’il doit donner la réplique à bien plus fort que lui. Russel Crowe a accepté d’incarner Hermann Göring, d’abord physiquement en prenant du poids
et ensuite dans toute la duplicité de ce personnage historique insondable. La vraie performance de ce film, c’est lui. Tour à tour charmeur, délicat, drôle à la répartie qui fuse, manipulateur, inquiétant, il nous offre un nazi comme rarement on les a décrit au cinéma, hyper complexe. Il met horriblement mal à l’aise et c’est normal, même si jamais on ne perd de vue que ce père aimant, cet amateur de bonne chair, ce fin connaisseur de l’art est d’abord un criminel sans scrupule qui ne regrette rien, tout à fait capable de nier les évidences pour soigner son narcissisme.
Crowe est incroyable, et je me demande comment il a pu sortir d’un tel rôle intact ! Le problème de « Nuremberg » ne se situe pas seulement dans sa forme hollywoodienne et scolaire, son scénario pose sérieusement question. Il y a deux axes traités dans ce film, l’axe juridique (de loin le plus intéressant) et l’axe psychiatrique, le second prenant un peu trop le pas sur le premier à mon gout. Tout l’aspect juridique est intéressant et, pour le coup, pose des questions fort pertinentes : comment créer un précédent judiciaire de toute pièce, quelle légitimité pour des procureurs américains de juger des criminels n’ayant jamais agit sur leur sol ? Le film pose ses questions en éludant totalement la Blitzkrieg, l’occupation de l’Europe, l’invasion de l’URSS. D’ailleurs, on n’entendra que les américains (et un tout petit peu les Britanniques) et jamais les russes ou les français. Et l’on évoquera que les déportés juifs, on ne prononce ni les mots de « Résistance » ou« Handicapés Mentaux », les Roms, les tziganes, le opposants, les slaves, les communistes se sont évoqués qu’au détour d’une phrase, la Shoah par balle est éludée, les (innombrables) crimes de Guerre dans les pays occupés également. Il est vrai qu’en 1946, on découvre à peine des camps d’exterminations, mais un film de 2026 qui s’appelle « Nuremberg » aurait dû être un peu plus écrit. Quitte à être scolaire dans la forme, il aurait été de bon ton de l’être un peu plus sur le fond ! Il y avait plus de 20 personnes dans le box en plus de Göring il y avait entre autres Albert Speer, Joachim Von Ribbentrop, Rudolf Hess. Pourquoi avoir tant déséquilibré le scénario entre Göring et les autres dont certains ne sont même pas nommés ? L’aspect psychologique étudié ici, bien connu désormais sous l’appellation de la « banalité du mal » met forcément mal à l’aise, et c’est heureux. Voir un psychiatre américain « sympathiser » avec Göring et sa famille m’a plongé dans la perplexité. Dénoncer la banalité du Mal est louable, évidemment, mais la démonstration est fragile, et incomplète, pas assez convaincante. Il n’y a finalement que dans la toute dernière scène que le propos s’éclairci pour devenir limpide, c’est tardif. En revanche, cette dernière scène est à méditer d’urgence. « Nuremberg » ne peut satisfaire qu’un public totalement ignorant de ce que fut le nazisme et l’Histoire, ce n’est pas mon cas. C’est un film déconcertant et une impardonnable occasion manquée.