“I will show you a magic trick, one day…”
Nuremberg c’est l’adaptation du plus grand procès de l’histoire, en adoptant le point de vue d’un psychiatre, chargé d’évaluer les dignitaires nazis en attendant leur jugement.
Nuremberg c’est un film qui échoue tout ce qu’il tente, qui n’approfondit aucune de ses idées, qui ne creuse aucune piste, et au milieu de ce bazar, une immense performance d’acteur.
La première chose qui frappe, c’est cet aspect de film inaboutit, mais plus qu’au sens d’inachevé, un film bâclé qui n’a jamais l’ambition d’être un grand film, parce que son équipe ne sait pas le faire. Je m’explique, le long métrage est réalisé dans un plus pur style de long métrage américain classique : les scènes s’enchainent avec le schéma plan d’ensemble avec petit carton pour situer spatio-temporellement, quelques dialogues explicatifs, petite vanne, et puis transition et à nouveau petite scène courte, on prend les infos nécessaires à la poursuite du récit et basta. C’est si classique, si tristement efficace, et à ça vient s’ajouter des visuels sans intérêts. On a cette impression constante de film artificiel, avec ces décors numériques bidons, absolument pas travaillés. La seule tentative de mise en scène c’est de mixer les scènes du procès avec des images en noire et blanc comme si elles étaient prises par une caméra dans la salle du tribunal, sauf que, ça ne sert strictement à rien.
Dans ses idées c’est à peu près le même triste constat, on lance des bouts de piste et elles ne sont jamais exploitées parce que le film est bâtard, il ne sait pas s’il veut rendre compte du procès fidèlement, ou du travail du psychiatre, dans un Silence des Agneaux version nazie, et qu’il n’a pas le temps de s’attarder sur une idée intéressante. On rencontre quelques dirigeants nazis, choisis arbitrairement parmi les 23 et puis ils sont tous abandonnés en cours de route, donc pourquoi ne pas se consacrer exclusivement à Göring ? Les problèmes que suscitent la collaboration entre les quatre puissances pour la mise en place du tribunal ne sont qu’évoqués, de même pour les problèmes juridiques abordés dans une seule scène, avec ses concepts qui nous sont balancés à la geule, et puis plus rien.
Une scène résume bien cet aspect, à un moment clé du procès, un film documentaire sur les camps libérés est projeté, et là le réalisateur choisit de nous montrer ce documentaire. Mais en 2026 on les connaît ces images, l’intérêt ce serait de montrer les réactions de ces accusés vis-à-vis de ces images, donc filmes ce putain de box des accusés.
C’est si triste, et le pire étant le procès en lui-même, résumé par un simple 1v1 Göring/Jackson et où miracle, grâce à la collaboration et la mise en commun des éléments de tout le monde, ils vont pouvoir défaire le nazi et comme ça chacun a participé, avec les informations glanées tout le long du film.
Il faut aussi citer cette scène, plus américain tu meurs, dans laquelle l’interprète de notre psychiatre, avoue sur un quai de gare, qu’il est un juif et que sa famille a été déportée, c’est si mal amené, si mièvre, si artificiel uniquement pour servir le récit.
Le personnage du psychiatre, ignoblement hollywoodien, qui fait des tours de carte dans un train numérique, avant de draguer une journaliste absolument inutile, est interprété par l’horrible Rami Malek, qui surjoue tellement qu’il ferait passer un Jack Nicholson des mauvais jours pour Kevin Costner. Surtout que, pas de chance, le bonhomme est confronté à Russel Crowe, qui quitte à jouer dans un film, a, lui, décidé de s’impliquer. Sa prestation en Göring est absolument géniale, il campe à la perfection ce nazi gargantuesque mais séduisant. Chaque apparition est maîtrisée, chaque mou visuelle, chaque haussement de sourcil, c’est du très grand jeu d’acteur.
Ce film est une avalanche des défauts, propres au cinéma actuel, il est laid visuellement, surexplicatif et surtout n’aborde jamais vraiment l’histoire de peur de perdre le malheureux spectateur.
Il faut prendre le film, garder Russel et changer tout le reste et vous obtiendrez un bon film de procès.