Isabelle Carré, réalisatrice du film, évoque comment Les Rêveurs a commencé par être un roman inspiré de sa propre jeunesse et de son internement à 14 ans. Elle déclare : "Porter ‘Les Rêveurs’ au cinéma était une manière de mettre en perspective et en lumière mon expérience". Ainsi, le film traite des thèmes universels à travers le prisme de ses souvenirs, mélangeant réalité et une part de fiction pour toucher un public plus large.
Pour Isabelle Carré, l'adaptation cinématographique de son livre a également été une exploration de son propre parcours. Malgré son hésitation initiale à écrire, les encouragements de Philippe Djian ont été décisifs. Carré souligne l’importance du déclic qu’elle a ressenti en découvrant des œuvres artistiques marquantes et souhaite qu’un effet similaire inspire les jeunes spectateurs à travers son film.
Dans la partie du film se déroulant à l’hôpital dans les années quatre-vingt, bien que deux personnages aient été inventés, tous les autres sont basés sur des souvenirs d'Isabelle Carré. Elle considère ces enfants comme ayant une chaleur qui étaient pour elle plus efficaces que les médicaments. "Se sentir mieux seul dans sa souffrance aide beaucoup", disent-ils, et cela transparaît dans la profondeur des relations entre les personnages.
L'idée qu'Isabelle Carré apparaisse elle-même à l'écran dans l'hôpital psychiatrique n'était pas prévue au scénario original. Cela s'est imposé pendant le tournage, permettant de renforcer le lien entre l'enfance, l’adolescence, et l’âge adulte. Cette improvisation a enrichi la texture narrative du film en mettant littéralement en avant cette transition personnelle vécue par Carré.
À travers Les Rêveurs, Isabelle Carré dépeint non seulement le passé mais aussi l'évolution des institutions psychiatriques. Elle dénonce le manque de pédopsychiatres et de structures de soins dans de nombreuses régions françaises. "Ce film... un outil pour dénoncer cet état de fait", espère-t-elle, où la fiction devient une manière douce de faciliter le débat sur ces questions intimes.
Le rôle de la musique dans la guérison a été exploré de manière singulière dans le film, notamment à travers les personnages du frère d'Elisabeth et des enfants de l'atelier. Isabelle Carré a mis en lumière le pouvoir de transformation de l'art sonore, qui, à l'instar du théâtre, permet de "transformer les douleurs en les partageant avec les autres".
Le tournage a donc soigneusement intégré des moments où la musique sert de lien émotionnel entre les personnages. Elle a été utilisée pour créer des instants de répit et d'espoir, renforçant l'idée que l'art peut transcender les barrières psychiques.
Isabelle Carré s’est inspirée de l'éthique du Care évoquée par la philosophe Cynthia Fleury pour concevoir son film. Cette approche met l'accent sur l'importance des soins portés aux autres de manière empathique et solidaire. "Aujourd'hui, on sait à quel point la créativité, l'art thérapie portent leurs fruits", explique la réalisatrice.
Le tournage a ainsi été guidé par cette notion d'accompagnement bienveillant, qui se retrouve dans le développement des personnages et leurs interactions. Le film illustre parfaitement cette philosophie en dépeignant la transformation des douleurs par le partage et la créativité.