Une journée ordinaire
Un véritable choc venu de suisse et signé par Petra Biondina Volpe. 92 minutes d’un documentaire fictionné – ou d’une fiction ultra documentée -, sur le fonctionnement de l’hôpital aujourd’hui. Floria est une infirmière dévouée qui fait face au rythme implacable d’un service hospitalier en sous-effectif. En dépit du manque de moyens, elle tente d’apporter humanité et chaleur à chacun de ses patients. Mais au fil des heures, les demandes se font de plus en plus pressantes, et malgré son professionnalisme, la situation commence dangereusement à lui échapper… Comme le conclut si bien le film, en 2030 il manquera 13 MILLIONS d'infirmiers (ères) dans le monde. Constat dramatique s’il en est. Cette pépite de ce drame qui flirte avec le « reportage » est un maillon parmi tant d’autres. Mme Volpe, une lanceuse d’alerte. Une véritable déclaration d’amour au personnel infirmier.
Petra Volpe s’est notamment inspirée d’Unser Beruf ist nicht das Problem, es sind die Umstände - en français, « Le problème n’est pas notre métier, c’est le contexte » -, un livre-enquête de Madeline Calvelage, une jeune infirmière allemande. Cette dernière a d'ailleurs participé au scénario du film en tant que consultante. Le seul reproche que l’on peut faire à ce témoignage, c’est de ne pas résister à la tentation de vouloir trop en mettre pour démontrer encore plus. Aussi, l’accumulation de « cas », tous aussi bouleversants les uns que les autres finit par nous entraîner dans un véritable tourbillon, une course effrénée de chambre en chambre à travers les couloirs de l’hôpital. C’est épuisant et on finit aussi exténué que l’héroïne… C’est sans doute le but recherché. Je peux vous jurer qu’il est atteint. Stress maximum, rythme haletant, montage virtuose avec un nombre impressionnant de plans-séquences, , - beaucoup de thriller ne parviennent pas à cette perfection -. Le problème, c’est qu’ici on est dans le réel, dans l’humain et que, comme le personnel soignant, on n’a pas le temps de s’attarder avec chaque patient. L’autre force de ce film est de nous faire comprendre comment une infirmière aussi experte que Floria Lindt peut être faillible, peut commettre des erreurs ou même péter les plombs. 1h35 suffisent pour ressentir la fatigue d’une seule journée qui se conclut par un plan magnifique. Emotion vraie et garantie.
Depuis 2009, où on l’avait découverte dans le magnifique Ruban blanc d’Haneke, Leonie Benesch n’a jamais cessé de nous enthousiasmer comme dans Les lettres persanes ou La salle des profs. Ici, elle porte le film tout comme l’infirmière qu’elle incarne avec force et conviction, porte le service de nuit de son hôpital. Pour se préparer au mieux à son rôle, elle a suivi un stage dans un hôpital cantonal répétant inlassablement les gestes techniques de la profession. Ce film asphyxiant est un incontournable de cette rentrée cinématographique pourtant riche avec tous les films qui nous arrivent de Cannes. Mais celui-ci a quelque chose en plus… et il est urgent d’aller le voir, en forme d’hommage à une profession dont nous avons tous et toutes besoin et qui, comme bien d’autres, est sacrifiée sur l’autel de la rentabilité. Ce que le cinéma social et politique peut offrir de plus puissant.