Il y a des films qu'on regarde, et il y a des films qu'on traverse. *En première ligne* appartient à la seconde famille. Dès les premières minutes, Petra Biondina Volpe nous glisse dans les pas de Floria, infirmière en service de chirurgie, pour une seule garde. Une seule. Et pourtant, à la fin de cette garde, j'avais l'impression d'avoir vécu une vie entière à ses côtés.
Le film est magnifique. Profondément poignant. Il ne cherche jamais à en rajouter, et c'est là toute sa force. Pas de musique qui force l'émotion, la partition d'Emilie Levienaise-Farrouch se contente de battre discrètement sous les pas de Floria, comme un pouls qu'on finit par oublier. Pas de drame fabriqué, pas de grand discours. Juste une femme qui court d'une chambre à l'autre, qui pose une perfusion, qui rassure un patient inquiet, qui encaisse la remarque d'un autre, qui vérifie une dose, qui regarde l'horloge, qui repart. Et dans ce mouvement perpétuel, quelque chose d'immense se dessine : la beauté d'un métier qui consiste, tout simplement, à prendre soin.
Leonie Benesch est bouleversante. Elle ne joue pas Floria, elle la porte. On lit sur son visage chaque fatigue, chaque doute, chaque petite victoire, chaque moment où elle choisit de rester humaine alors que tout la pousse à ne plus l'être. À ses côtés, Sonja Riesen et Selma Adin composent une équipe d'une justesse rare, où chaque geste sonne vrai. On sent que ces femmes existent, qu'elles sont là, quelque part, en train de faire exactement ce que le film nous montre.
Et cette vérité ne doit rien au hasard. Pour préparer le rôle, Leonie Benesch a suivi un stage de plusieurs semaines à l'hôpital cantonal de Liestal, dans un service de chirurgie abdominale, où elle a appris les gestes, les protocoles et les déplacements auprès de vraies infirmières. Sur le plateau, une conseillère technique, Nadja Habicht, forte de vingt ans en soins intensifs, veillait à l'authenticité de chaque soin et de chaque décor. Le scénario lui-même est né du livre-enquête d'une jeune infirmière allemande, Madeline Calvelage, devenue consultante sur le film. Petra Volpe a tourné dans un hôpital désaffecté près de Zurich, en faisant appel à de véritables infirmières et réanimateurs pour certaines scènes. Elle voulait, selon ses mots, « une déclaration d'amour au personnel infirmier ». Elle l'a réussie.
Ce qui m'a le plus ému, c'est cette manière de filmer le dévouement sans jamais le glorifier. Floria n'est pas une héroïne. Elle est une soignante, avec ses limites, ses erreurs possibles, ses nerfs qui lâchent et son cœur qui tient malgré tout. Et c'est précisément parce qu'elle n'est pas une héroïne que le film devient un hommage. Un hommage à toutes celles et ceux qui, chaque jour, dans chaque hôpital, tiennent la première ligne sans que personne ne les regarde vraiment.
J'ai ressenti chacune de leurs émotions. J'ai eu peur avec elle, j'ai été épuisé avec elle, j'ai été touché par chaque patient qu'elle croise. Et je suis sorti de la séance avec une envie simple, presque enfantine : dire merci. Merci à ces infirmières et infirmiers que l'on croise sans les voir, et dont ce film rend enfin visible le quotidien, avec une sincérité qui désarme.