Ai vu «En première ligne », film germano-suisse de la réalisatrice Petra Biondina Volpe, qui a été présenté lors de la dernière Berlinade. Unité de lieu, un hôpital public. Unité de temps, lors d’un service de nuit. Unité d’action, nous suivons Floria, infirmière (époustouflante Leonie Benesch) qui soigne, réconforte, court, gère à un rythme écrasant, sans moyen, presque sans aide… mais au fil des heures la situation commence à lui échapper. La réalisatrice met en image de façon implacable, sans jamais oublier de faire du cinéma, le fait que 40% des infirmières arrêtent leur métier avant leur quatrième année d’activité tant la profession est dure, non considérée et exercée sans le budget idéal. En 2030 (dans 4 ans) il manquera 13 millions d’infirmières dans le monde, nous informe en conclusion du film un message alarmant. Avec un suspens imparable grâce à un montage d’une efficacité digne d’un thriller, nous suivons Floria qui doit faire face avec une collègue et une étudiante, en passant de chambres en chambres à des angoisses, des solitudes, des urgences, des caprices, des drames. Floria essaye de lutter contre un rythme d’essorage de machine à laver et à un déluge de tâches qui s’accumulent à pleine en a-t-elle accompli une. Elle essaye tant bien que mal d’amener un peu d’humanité. Sans jugement, sans sur-charge, sans explication le scénario enchaine juste des faits, situations banales dans un hôpital, qui parlent d’eux-mêmes. Leonie Benesch dont la caméra suit les déplacements, faits et gestes médicaux au plus près, est exceptionnelle dans son jeu tout en retenu puisque le personnage prend énormément sur lui-même. Sous sa forme quasi documentaire, cette fiction n’oublie pas d’être cinéma par sa mise en scène et sa photographie. La réalisation donne priorité à de longs plans séquences à travers tous les lieux de l’hôpital avec une chorégraphie très fluide. On ressort de la projection sonné par le message que nous connaissons bien maintenant et qui prouve une fois de plus que l’Hôpital géré comme une entreprise ne peut amener qu’à la ruine.