Les Aigles de la République
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Cinememories

596 abonnés 1 673 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 26 mai 2025
Avec Les Aigles de la République, Tarik Saleh signe son grand retour en Compétition à Cannes. Dans cette satire aussi sombre que lucide, il explore les dérives de la propagande à travers le destin d’un acteur pris au piège d’un régime autoritaire. Un film plus accessible en surface que les opus précédents de l’auteur, mais toujours traversé par la même rigueur politique et formelle.

Après nous avoir immergés dans un commissariat gangrené par la corruption dans Le Caire confidentiel, puis transportés dans une sorte de Nom de la Rose à l’égyptienne avec La Conspiration du Caire – un thriller mêlant espionnage et drame carcéral sur fond universitaire –, Tarik Saleh conclut sa trilogie du Caire avec une œuvre plus accessible, mais toujours aussi incisive dans sa dénonciation d’un régime autoritaire.

Alors que son précédent film adoptait une tonalité paranoïaque et cérébrale, Les Aigles de la République opte pour une satire plus discrète, presque feutrée dans un premier temps. On y suit George Fahmy, acteur de cinéma notoire dans une Égypte sous la présidence d’Abdel Fattah al-Sissi. À la hauteur de sa notoriété, son ego démesuré se reflète dans un personnage construit autour de plusieurs clichés : père négligent, coureur de jupons impuissant, éternel flambeur errant entre les plateaux de tournage et les hôtels de luxe. Déconnecté de la réalité sociale et politique du pays, George incarne une figure tragique, presque grotesque. Fares Fares, acteur fétiche de Saleh, livre ici une performance remarquable dans le rôle de cet homme dont le talent principal, mentir, devient à la fois un bouclier et une malédiction. George ne le fait pas toujours consciemment, mais il semble incapable de définir son identité sans la lumière des projecteurs. Malheureusement pour lui, les nouveaux producteurs qui viennent le courtiser ne tolèrent ni ses caprices de star, ni ses dérives.

Un biopic à la gloire du président est en préparation, et George est choisi pour l’incarner. Dès lors, Saleh nous entraîne dans les coulisses d’un projet cinématographique aussi trouble que symbolique, où l’ambiguïté règne. George est confronté à un choix cornélien : devenir un outil de propagande ou tenter de redonner un semblant de cohérence à un projet qui le dépasse. Il finit par signer un pacte faustien imposé par les autorités, soucieuses de glorifier un chef d’État arrivé au pouvoir par un coup d’État.

La mise en scène adopte un humour acide, distillé par touches subtiles, pour explorer la double vie de George, tiraillé entre pressions politiques et désillusions personnelles. Autour de lui gravitent d’autres menteurs, à commencer par le général qui supervise le tournage. Le spectateur, lui, dispose de toutes les clés pour comprendre comment George, pensant bien faire, se retrouve pris au piège d’une machination bien plus vaste qu’il ne l’imaginait.

Dans la foulée, le film approfondit sa réflexion en établissant un parallèle entre les agents de l’État et le réalisateur Dr Mansour (Amr Waked), homme de confiance du président. Tous deux sont mobilisés pour déconstruire l’ego de George et pointer ce qui sonne faux, à l’image des promesses creuses que s’échangent les personnages. Il faut toutefois attendre le dernier acte pour que cette lente montée en tension trouve toute sa justification. Certaines scènes peuvent sembler redondantes, mais d’autres, plus dérangeantes, équilibrent cette impression.

Les Aigles de la République ne se contente pas d’interroger la puissance politique du cinéma. Il explore également comment l’art, notamment du point de vue d’un acteur, peut devenir un vecteur d’émancipation et éveiller une conscience enfouie. Le complot évoqué n’est qu’un prétexte, une diversion – tout comme certaines sous-intrigues – qui dispersent les éléments d’une tragédie profondément humaine.

Si le film de Saleh n’a sans doute pas le profil d’une Palme d’or, il est indiscutable que Fares Fares mérite de figurer parmi les prétendants au prix d’interprétation masculine. Brillant comme toujours, l’acteur égyptien mérite au minimum cet honneur. Le casting féminin – Cherien Dabis, Lyna Khoudri et Zineb Triki – reste cependant cantonné à des rôles davantage symboliques que développés, dans un récit entièrement centré sur la figure de la star.

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traversay1

4 502 abonnés 5 399 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 25 mai 2025
C'est un fait : Les aigles de la République est moins spectaculaire et bien moins prenant que La conspiration du Caire et ses dernières séquences, certes brillantes mais démonstratives, laissent sur une impression un tantinet mitigée. Autre déception : le rôle trop maigre confié à Lyna Khoudri, dont le talent méritait mieux. Mais voilà, Les aigles de la République est un film d'hommes, puisqu'il montre les coulisses du pouvoir d'un régime égyptien aux allures de dictature, que le prisme fictif du plus grand acteur du pays, véritable pharaon de l'écran, permet de cerner avec une efficacité implacable. Le réalisateur, Tarik Saleh, lâche ses coups avec brio, dans cet univers corrompu où certaines offres ne se refusent pas, même quand on est une star adulée. Le film tourne en ridicule cette pantomime et l'on en rit bien volontiers car le récit est très malin et cinglant, même si la situation est des plus désespérantes, pour ne pas dire plus. La dénonciation politique est criante de vérité et le film s'en éloigne parfois avec des scènes plus sentimentales qui ne sont cependant pas les plus probantes. Mais Fares Fares reste toujours aussi charismatique, dans un rôle pas si simple à jouer, auquel il apporte toute l’ambiguïté nécessaire, ne craignant même pas les moments comiques où le pharaon semble plus proche d'un citoyen servile et pas loin d'être grotesque.
Sinaloc
Sinaloc

16 abonnés 68 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 26 mai 2025
Tout bonnement excellent, Les Aigles De La République est un film égyptien remarquable qui fait réfléchir quant au rôle du cinéma et de son implication dans la politique.

Narrant l'histoire de l'acteur le plus en vogue d'Égypte, Les Aigles De La République propose un scénario remarquable dans lequel le héros conclut un pacte faustien dans lequel il délaisse ses convictions personnelles afin de jouer dans un film de propagande. Si le film débute avec quelques faux airs de comédie, il ne cesse de faire monter la tension un peu plus scène après scène, jusqu'à une dernière demi-heure absolument parfaite où chaque seconde est la démonstration d'une totale maîtrise d'absolument chaque aspect.

Mais en plus d'être un excellent film, Les Aigles De La République ouvre le débat quant au rôle du cinéma dans la politique. Outil de propagande facile et efficace, il peut être une arme redoutable, un moyen de communication parfait, un instrument de bourrage de crâne au service des régimes les plus sales de ce monde. Les Aigles De La République nous montre clairement qu'en dehors de son caractère dénonciateur, le cinéma se doit de se tenir fermement contre toute utilisation aux fins politiques, le film dénonçant lui-même le régime politique égyptien avec courage et intelligence.

À noter aussi un excellent casting, notamment Fares Fares qui crève l'écran lors de chaque scène.

Un film excellent donc, qui mêle audace et intelligence afin de nous offrir un spectacle dénonciateur qui nous porte à la réflexion.
Lisa Sauvêtre
Lisa Sauvêtre

2 abonnés 9 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 23 mai 2025
Film sympa, attention il faut être bien concentré car il y a beaucoup de personnages et les rôles ne sont pas toujours très clairement définis
Hélène E.
Hélène E.

5 abonnés 38 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 22 mai 2025
Un polar égyptien qui décrit une société bien dégradée et avec intrigues politiques assez détestables
Volcy jouan-lapierre
Volcy jouan-lapierre

2 abonnés 39 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 21 mai 2025
Film vu dans le cadre du festival international du Film de Cannes. Il se regarde gentiment mais sans plus, même si cela nous en apprend plus sur le fonctionnement de l’état Égyptien.
Polette20222718
Polette20222718

8 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 20 mai 2025
Le film est long, peut être un peu trop, mais au moins on comprend assez bien les mécanismes de manipulation de l’opinion publique.
Simon Bernard
Simon Bernard

207 abonnés 689 critiques Suivre son activité

2,0
Publiée le 20 mai 2025
George est un acteur reconnu en Egypte. Considéré comme le pharaon égyptien, il enchaîne les rôles prestigieux avec panache, ayant des principes très nobles sur l'art et le cinéma. En relation avec une jeune femme de l'âge de son fils et ayant des paroles très critiques envers le régime et sa politique, il entre dans le collimateur des partisans de Sissi.

spoiler: "Les Aigles de la République" ne m'a pas emballé. Je suis assez déçu car le précédent film de Tarik Saleh dégageait une vraie ambiance visuelle et auditive, dont celui-ci est assez dénué. Le format de l'oeuvre est plutôt classique tout comme son scénario. On voit George entrer dans une spirale dont il ne parviendra pas à sortir, pris dans les complots du pouvoir égyptien. Le sujet est courageux, il faut le reconnaître, mais je n'ai pas ressenti la tension du personnage principal et le récit m'a mis très rapidement à distance. Seul le conseiller du président dégage une vraie aura qui tend le spectateur.
Guillaume LR
Guillaume LR

43 abonnés 159 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 20 mai 2025
Vu au festival de Cannes 2025.
Tarik Saleh m'avait bluffé avec son précédent film, j'attendais donc beaucoup de celui-ci. Moins engagé que La conspiration du Caire, Les aigles de la République ressemble plus à un divertissement blockbuster qu'à un pamphlet anti dictatural.
L'objet filmique est très propre, dans un scope maitrisé, au découpage et à la photo efficaces.
Le casting offre une prestation de Fares Fares plutôt convaincante, mais surtout aux deux personnages féminins principaux, qui parviennent à maintenir une vraie présence avec deux personnages pourtant plutôt mal écrits...
En effet, la gente féminine n'est ici représentée qu'en objet de désir et trophée, et a peu de place dans l'intrigue...
La mise en scène semble donc moins originale que dans La conspiration du Caire, peu de surprise au scenario, et quelques longueurs. Tout cela donne un ensemble agréable tout de même mais qui laissera moins de souvenir que son précédent.
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