C'est un fait : Les aigles de la République est moins spectaculaire et bien moins prenant que La conspiration du Caire et ses dernières séquences, certes brillantes mais démonstratives, laissent sur une impression un tantinet mitigée. Autre déception : le rôle trop maigre confié à Lyna Khoudri, dont le talent méritait mieux. Mais voilà, Les aigles de la République est un film d'hommes, puisqu'il montre les coulisses du pouvoir d'un régime égyptien aux allures de dictature, que le prisme fictif du plus grand acteur du pays, véritable pharaon de l'écran, permet de cerner avec une efficacité implacable. Le réalisateur, Tarik Saleh, lâche ses coups avec brio, dans cet univers corrompu où certaines offres ne se refusent pas, même quand on est une star adulée. Le film tourne en ridicule cette pantomime et l'on en rit bien volontiers car le récit est très malin et cinglant, même si la situation est des plus désespérantes, pour ne pas dire plus. La dénonciation politique est criante de vérité et le film s'en éloigne parfois avec des scènes plus sentimentales qui ne sont cependant pas les plus probantes. Mais Fares Fares reste toujours aussi charismatique, dans un rôle pas si simple à jouer, auquel il apporte toute l’ambiguïté nécessaire, ne craignant même pas les moments comiques où le pharaon semble plus proche d'un citoyen servile et pas loin d'être grotesque.
"Les Aigles de la République" marque la conclusion de la trilogie de Tarik Saleh, après "Le Caire confidentiel" et "La Conspiration du Caire". Un acteur égyptien adulé est ici contraint d'incarner le président Al-Sissi dans un biopic commandé par le régime. Plongé dans les arcanes du pouvoir, il entame une liaison avec la mystérieuse épouse du général supervisant le film, déclenchant une série d'événements aux conséquences imprévisibles. Fares Fares incarne George avec une intensité maîtrisée. Cependant, le film souffre de longueurs, notamment dans sa partie centrale, où la romance entre George et l'épouse du général semble superflue et dilue la tension narrative. Cette digression ralentit le rythme et affaiblit l'impact du propos politique. "Les Aigles de la République" reste un thriller politique solide, offrant une critique acérée des mécanismes de pouvoir et de la manipulation.
George Fahmy (Fares Fares) est une star adulée du cinéma égyptien. Sa renommée, pense-t-il, le rend intouchable et lui donne bien des passe-droits comme celui de vivre avec Donya, sa jeune maîtresse (Lyna Khoudri). Mais ses certitudes vacillent lorsqu’il est remplacé dans le film qu’il tourne avec une autre actrice, Rula Addad, elle aussi mise à pied, et qu’il reçoit des menaces voilées au sujet de son fils. Il comprend vite qu’il ne peut refuser la proposition empoisonnée qui lui est faite : interpréter le chef de l’Etat dans un film consacré à sa gloire. Son tournage se fait sous la supervision sourcilleuse des services secrets. Il le rapproche du ministre de la défense et de sa séduisante épouse (Zineb Triki).
Sélectionné en compétition officielle en mai dernier à Cannes, d’où il est reparti bredouille, "Les Aigles de la République" constitue le troisième volet de la « trilogie du Caire », après "Le Caire confidentiel" (2017) et "La Conspiration du Caire" (2022). Les trois volets de cette trilogie sont indépendants les uns des autres. Mais on y trouve les mêmes condiments : l’acteur Fares Fares, une ambiance lourde de complots ourdis, un scénario compliqué à souhait…
La bande-annonce des Aigles de la République m’avait mis l’eau à la bouche parce qu’elle me faisait miroiter tout ce qui m’attire au cinéma : une histoire captivante sur fond d’imbroglio politique, des personnages hauts en couleurs, une débauche de moyens, une musique puissante et élégante (encore une fois signée Alexandre Desplat).
Force m’est de dire hélas que j’ai été un peu déçu. Le film n’est pas à la hauteur des espérances qu’il avait fait naître en moi. Sans doute Tarik Saleh a-t-il mis les moyens dans cette super-production franco-séudo-dano-finlandais dont le budget approche les dix millions d’euros, tournée avec tambours et trompettes en Turquie. Sans doute ses acteurs, à commencer par l’immense Fares Fares, Lina Khoudry qui n’a pas un rôle facile de jeune première arriviste et la vénéneuse Zineb Triki dont je suis définitivement tombé sous le charme depuis "Le Bureau des légendes", sont-ils séduisants. Sans doute aussi le scénario offre-t-il son lot de rebondissements grâce auxquels les deux heures du film passent sans regarder sa montre.
Pour autant, on peut reprocher aux "Aigles de la République" un scénario trop alambiqué, pas toujours très lisible, qui finit par égarer le spectateur, d’autant qu’il se résume finalement à pas grand chose : notre héros, aussi attachant soit-il, qui rappelle les héros des films noirs américains des années cinquante, est obligé de renoncer aux rares principes auxquels il semblait croire et le pouvoir égyptien – le film est interdit de projection en Égypte – se révèle un théâtre d’ombres maléfiques.
Tarik Saleh nous embarque dans le dernier volet de sa trilogie du Caire et c'est très réussie. Si au départ le film paraît léger et drôle, tout en se relevant assez consensuel en critique du conservatisme et de l'intégrisme religieux, il se révèle très vite un redoutable thriller politique qui nous emmène dans les eaux troubles du pouvoir militaire égyptien. Le film dénonce la propagande d'état à travers le personnage joué par Fares Fares, ici excellent. Un personnage qui renonce petit à petit à ses idéaux et qui se noie dans les méandres du pouvoir tant la nébuleuse militaire contrôle tout. Zineb Triki est l'atout charme de ce film et compose un personnage détonant. Lyna Khoudri, survendu dans les affiches, ne joue qu'un rôle secondaire et anecdotique au final. La mise en scène est sobre et efficace. La dictature de Al-Sissi n'a sûrement jamais été aussi bien représentée au cinéma.
Dans un Caire contemporain, une grande vedette de cinéma égyptienne doit incarner le rôle du président en place dans un film retraçant son accès au pouvoir, ce qui le propulse malgré lui au coeur d’un régime opaque... et vers une liaison périlleuse avec la femme du général qui surveille le tournage ! Pas mal de longueurs, notamment dans la première heure du film (qui dure 2h09). La 2ème heure est plus dynamique, mais reste confuse et maladroite sur les enjeux précis de cet imbroglio politico-amoureux. "Les Aigles de la République" oscille entre drame intime et intrigue de pouvoir sans jamais vraiment trancher, c'est à la fois sa force et sa faiblesse. L’atmosphère est pourtant soignée, mais le récit manque d’impact et s’étire au lieu de serrer son propos, générant quelques moments d'ennui. On suit l’ensemble sans déplaisir, mais difficile d’être véritablement embarqué, malgré une réalisation soignée et très engagée. Original, courageux, mais globalement poussif. Site CINEMADOURG . free . fr
Tout bonnement excellent, Les Aigles De La République est un film égyptien remarquable qui fait réfléchir quant au rôle du cinéma et de son implication dans la politique.
Narrant l'histoire de l'acteur le plus en vogue d'Égypte, Les Aigles De La République propose un scénario remarquable dans lequel le héros conclut un pacte faustien dans lequel il délaisse ses convictions personnelles afin de jouer dans un film de propagande. Si le film débute avec quelques faux airs de comédie, il ne cesse de faire monter la tension un peu plus scène après scène, jusqu'à une dernière demi-heure absolument parfaite où chaque seconde est la démonstration d'une totale maîtrise d'absolument chaque aspect.
Mais en plus d'être un excellent film, Les Aigles De La République ouvre le débat quant au rôle du cinéma dans la politique. Outil de propagande facile et efficace, il peut être une arme redoutable, un moyen de communication parfait, un instrument de bourrage de crâne au service des régimes les plus sales de ce monde. Les Aigles De La République nous montre clairement qu'en dehors de son caractère dénonciateur, le cinéma se doit de se tenir fermement contre toute utilisation aux fins politiques, le film dénonçant lui-même le régime politique égyptien avec courage et intelligence.
À noter aussi un excellent casting, notamment Fares Fares qui crève l'écran lors de chaque scène.
Un film excellent donc, qui mêle audace et intelligence afin de nous offrir un spectacle dénonciateur qui nous porte à la réflexion.
Plus grand public mais également plus frontal, SALEH offre un thriller politique sur fond de réflexion cinématographique prenant et haletant, qui manque un peu de finesse, mais qui ne ménage pas son côté grand spectacle
Un film ambitieux qui met du temps à se mettre en place. Le spectateur se fait astucieusement embarqué avec son comédien personnage principal dans des enjeux qui le dépassent
J'avais beaucoup aimé "Le Caire confidentiel", pas du tout "La Conspiration du Caire", j'attendais donc ces "Aigles de la République" pour savoir où j'en étais avec Tarik Saleh. Résultat : je ne suis pas forcément plus avancé car si je reconnais beaucoup de qualités à ce film - Ce personnage central joué par le décidément formidable Fares Fares est haut en couleur et ses (més)aventures se suivent avec une certaine gourmandise - il y a un véritable problème de durée, ou plus exactement de scènes redondantes et d'un véritable ventre mou au sein du récit, qui rendent cette dite durée illégitime et nuisent à l'efficacité du scénario. Malgré ces réserves ceux qui se rendront dans les salles le 12 novembre pour découvrir le nez le plus incroyable du cinéma actuel ne feront assurément pas un mauvais choix.
Vu dans le cadre du Festival de Cannes. J’ai trouvé le film vraiment prenant. L’ambiance est tendue du début à la fin, avec une mise en scène soignée et des scènes fortes qui restent en tête. Fares Fares est excellent, charismatique sans en faire trop. C’est bien écrit, parfois drôle malgré le fond très dur. On sent la colère derrière le film, mais aussi une vraie humanité. Pas un film parfait, mais un vrai bon moment de cinéma, intelligent sans être lourd.
Vu à Cannes. Le réalisateur compose, avec la violence et la corruption du régime d'Al-Sissi, un scénario qui donne à voir l'histoire contemporaine de l'Egypte comme en réalité augmentée. Toutes les compromissions, les disparitions, la purge finale des auteurs désignés d'un attentat (qui ressemble à celui dont El-Sadate fut victime) n'ont évidemment pas eu lieu comme dans dans le film, mais celui-ci reflète si bien l'esprit du temps que la fiction en devient quasi documentaire. Le héros du film, est un acteur contraint de jouer le rôle d'Al-Sissi dans un film de propagande (petite mise en abyme qui donne une force ironique encore plus remarquable au propos). Mais l'acteur, tout comme ses amantes, ne sont que les pantins magnifiques et impuissants de ce grand film politique (qui est sans doute à l'Egypte d'aujourd'hui ce que les films de Francesco Rosi furent à l'Italie d'hier).
George est un acteur reconnu en Egypte. Considéré comme le pharaon égyptien, il enchaîne les rôles prestigieux avec panache, ayant des principes très nobles sur l'art et le cinéma. En relation avec une jeune femme de l'âge de son fils et ayant des paroles très critiques envers le régime et sa politique, il entre dans le collimateur des partisans de Sissi.
spoiler: "Les Aigles de la République" ne m'a pas emballé. Je suis assez déçu car le précédent film de Tarik Saleh dégageait une vraie ambiance visuelle et auditive, dont celui-ci est assez dénué. Le format de l'oeuvre est plutôt classique tout comme son scénario. On voit George entrer dans une spirale dont il ne parviendra pas à sortir, pris dans les complots du pouvoir égyptien. Le sujet est courageux, il faut le reconnaître, mais je n'ai pas ressenti la tension du personnage principal et le récit m'a mis très rapidement à distance. Seul le conseiller du président dégage une vraie aura qui tend le spectateur.
Rien de bien intéressant dans ce film sauf peut être pour les égyptiens. Cinématographiquement , non plus , rien de nouveau , sauf les premieres minutes.
Moins original que la conspiration du Caire est moins bon thriller que Le CaireConfidential, le dernier opus de Tarek Saleh est courageux mais peu captivant voire ennuyeux. Le Montage est parfois haché et la réalisation vacillante. Le son est souvent moyen. On se croirait dans un film politique des années 70. Les acteurs sont bons mais le scénario est trop alambiqué. Une déception.