Adepte de la psychothérapie institutionnelle de François Tosquelles, Frantz Fanon a réussi à mettre en pratique des processus de soin en totale opposition aux méthodes coercitives et racistes utilisées jusque là dans l'hôpital psychiatrique Blida-Joinville. Pour lui, c’est en premier lieu l’hôpital qui est malade et il faut commencer par « soigner » le personnel soignant. Ensuite, il faut considérer les patients comme des sujets, non comme des objets. Ces patients ont un nom et c’est par leur nom et non par un sobriquet qu’on se doit de les appeler. Le but principal des soins est de reconnecter le patient à la société, ce qu’un enfermement permanent et très strict dans un hôpital ressemblant à une prison n’arrivera jamais à faire. La priorité est donc d’ouvrir les murs. Pour Frantz Fanon, ouvrir un café dans l’enceinte de l’hôpital, un café que peuvent fréquenter sans entrave les patients, est un acte thérapeutique, comme peuvent l’être le fait de fêter Noël et le Mawlid en communauté, l’organisation de cours de chant et de cours de théâtre, de concerts ou de matchs de football entre patients. Bien entendu, de telles pratiques de la part du personnel soignant, en totale opposition à celles dont il avait l’habitude, ont nécessité des séances de formation. Tourné en noir et blanc, le film s’intéresse aux relations qu’a eue Frantz Fanon de 1953 et 1956 avec les autres médecins de cet hôpital qui aujourd’hui porte son nom, avec le personnel soignant dans son ensemble, avec les malades, avec son épouse Josie, très importante pour lui de par le soutien qu’elle lui a sans cesse apporté. Bien que le 1er novembre 1954, date considérée en Algérie comme marquant le début de la guerre d’indépendance, se situe en plein milieu du séjour de Frantz Fanon dans ce pays, le film évoque donc peu ce contexte, et on est en droit de le regretter. Par contre, on arrive à deviner que dans l’esprit de Frantz Fanon, l’aliénation engendrée par le colonialisme était souvent, à cette époque, une des causes des troubles psychiques des patients de l’hôpital psychiatrique Blida-Joinville. Par ailleurs, le film s’attarde beaucoup sur le cas d’une patiente, Juliette, jamais acceptée par une « mère » à qui son mari avait voulu l’offrir en cadeau. Le rôle de Frantz Fanon est bien interprété par Alexandre Desane. Par contre, le film souffre parfois d’un jeu approximatif de la part de certains interprètes. En résumé, "Frantz Fanon" est un film nécessaire tout en étant parfois un peu frustrant. On peut lire la critique complète sue le site dont l'appellation comprend critique et film, avec le tiret du 6 entre les deux.