Tamara Stepanyan a trouvé l'inspiration pour Le Pays d'Arto dans un petit village arménien. Alors qu'elle se tenait dans un paysage dépouillé, une vision s'est imposée à elle : celle d'une femme française en deuil, cherchant à percer le mystère du passé de son mari. Ce cadre a immédiatement évoqué pour Stepanyan la figure d'un époux soldat, écho aux tragédies arméniennes. "Il était pour moi évident que l'époux de cette femme avait été un soldat arménien".
Avant de plonger dans la fiction, Tamara Stepanyan était une documentaliste reconnue. "Le processus de réalisation de ces films documentaires fut comme un travail préparatoire pour un film de fiction", explique-t-elle. C'est dans le sillage de ses travaux précédents sur les blessures de l’Arménie qu'est née l'idée de Le Pays d'Arto. En passant au cinéma narratif, elle a cherché à donner une voix plus personnelle aux histoires issues de ses rencontres et interviews.
Pour apporter une authenticité à Le Pays d'Arto, l'équipe de Stepanyan, dont son co-scénariste Jean-Christophe Ferrari, a effectué de nombreux voyages en Arménie. Ils ont visité toutes les régions traversées par Céline, l'héroïne du film. Ces périples ont non seulement nourri le scénario, mais ont permis de découvrir des personnages tels qu'Arsiné, imaginé dans les rues de Stepanakert.
Le choix de Zar Amir Ebrahimi pour le rôle d'Arsiné n'est pas le fruit du hasard, mais le résultat d'une connexion culturelle forte entre la réalisatrice et l'actrice. Ayant un lien commun à travers leurs origines géographiques voisines, Zar s'est naturellement senti à l'aise sur le tournage en Arménie.
De plus, l'idée de choisir Camille Cottin pour incarner Céline est venue lors d'une discussion avec Zar, prouvant que leurs échanges ont offert une alchimie qui s'est concrétisée à l'écran.
Le casting du film a été largement influencé par la richesse théâtrale présente en Arménie. Avec une tradition liée à la méthode Stanislavski, les acteurs arméniens comme Shant Hovhannisyan et Babken Chobanyan ont apporté une profondeur unique aux personnages qu'ils jouent dans Le Pays d’Arto. Leur talent, associé à l'histoire du pays, a enrichi la trame de façon certaine, faisant de l’authenticité un pilier central du film.
La collaboration entre la réalisatrice et la directrice de la photographie Claire Mathon s'est avérée cruciale pour le rendu visuel du film. Ensemble, elles ont mêlé réalité et fiction, avec une forte inspiration tirée de leur passion pour la peinture.
"Nous avons emmené le film vers le clair-obscur", explique la réalisatrice, permettant une immersion sensorielle et émotionnelle. Ce partenariat a permis au Pays d’Arto de se déployer grâce à une esthétique sombre et vibrante, en symbiose avec l'intrigue.
Sur le tournage, de nombreux acteurs arméniens ont été confrontés au défi unique d'apprendre leurs dialogues phoniquement en français ou en anglais. Ne maîtrisant pas la langue, ils ont réussi à perfectionner leur performance en prônant l'écoute et la synchronisation avec leurs partenaires de jeu.
Cette méthode a non seulement influé sur le rythme naturel du film, mais a aussi contribué à établir des échanges authentiques et touchants entre les acteurs.
Le personnage d'Arto, bien qu'absent physiquement, joue un rôle crucial symboliquement. Tamara Stepanyan lui attribue les traumatismes des guerres de 1994 et de 2020, ces blessures façonnant l'histoire de l'Arménie. "Son mystère reste entier après sa disparition", dit-elle.
Cette présence fantomatique est métaphorique des combats et de la souffrance persistante de son pays natal, insufflant au film une dimension à la fois personnelle et universelle.