Ce film est présenté en Séance Spéciale au Festival Cannes 2024.
Apprendre, le titre du film, a un double sens selon la réalisatrice Claire Simon. En effet, il signifie à la fois apprendre quand on est un enfant, mais s’adresse aussi à l’adulte qui enseigne aux enfants. La cinéaste fait également remarquer que ce double sens ne se traduit pas en anglais.
Le documentaire a été tourné à l’école Makarenko d'Ivry-sur-Seine. À l’origine, Claire Simon devait tourner dans une école à Montrouge, dont la directrice était passionnée de cinéma. Cependant, la réalisatrice cherchait une plus grande mixité et s'est alors tournée vers Paris avant de choisir Ivry, où elle avait tourné son film, Premières solitudes, dans le lycée de la ville : "En général, dans les banlieues, on filme 'les racailles', les ados violents, alors que moi, je voulais montrer l’école élémentaire comme un bastion républicain, comme une fabrique du citoyen et de la cité", déclare-t-elle.
Ce n’est pas la première fois que Claire Simon s’intéresse à l’univers de l’enfance, puisque dans Récréations (1993), elle filmait une école maternelle dans son rapport enfants/adultes. Dans Le Concours (2016) c’est à l’école de La Fémis, où elle a enseigné, qu’elle a posé sa caméra. Dans le sillage de l’éducation nationale, elle intègre le lycée d’Ivry dans Premières Solitudes (2018).
Alors que dans Récréations (1993), Claire Simon était seule pour capter l’image et le son, la réalisatrice a bénéficié d’un ingénieur son, Pierre Bompy, sur Apprendre. Cela lui permettait d’entendre ce qu’elle filmait en simultané et de pouvoir ainsi "saisir ce que pensent les enfants, ressentent".
Si au départ Claire Simon voulait simplement filmer la vie d’une école primaire et notamment les récréations, elle a rapidement changé d’avis en voulant poser sa caméra dans les classes. Une décision qui n’a pas été validée facilement par les enseignants. Pour les convaincre, la cinéaste a monté les rushes des trois premières semaines de tournage, pour leur montrer qu’il ne s’agissait pas d’un simple reportage télévisuel, mais d’une recherche profonde de vérité. Les professeurs — hormis une seule — et les parents d’élèves ont alors donné leur autorisation.
Dans le choix de mise en scène, il a rapidement été question de se mettre "à hauteur d’enfants". Claire Simon a ainsi opté pour une caméra petite comme un appareil photo et, en la tenant à bout de bras contre la taille, a pu se mettre à leur niveau. Une décision également symbolique, comme elle l’explique : "Plus simplement, la clef pour être à hauteur d’enfant est de retrouver sa propre enfance. Et je retrouvais des souvenirs de moi écolière, ce que j’ai beaucoup aimé être dans mon village du Var."
Claire Simon considère Apprendre comme son premier film sans structure narrative préalable, comme elle le confesse : "On est au cœur du social et de sa construction. Il s’agit du lieu où les enfants comprennent qu’ils ont une place à la fois individuelle et collective; ils ont une idée très forte de ce qu’est un groupe, donc de la société."
Le montage de Claire Simon a nécessité une grande réflexion et un ordre bien particulier. En effet, elle a souhaité d’abord raconter l’apprentissage au sein de la classe, puis les moments de récréation et enfin la question des règles, en filmant notamment cet élève qui se fait gronder. Par la suite, la cinéaste a voulu montrer le rapport de cette école avec "la cité, au sens de la polis", en filmant le carnaval hors des murs : "On a impulsé une logique d’élargissement du cadre, du rapport au monde, avec les élèves de l’école alsacienne qui viennent, de Paris, puis le voyage à Paris en bateau-mouche", selon la réalisatrice.
L’une des scènes du film montre des élèves de l’école alsacienne rendre visite aux élèves de cette école d’Ivry, avec qui elle a un partenariat depuis plusieurs années. Claire Simon a souhaité rendre compte de la disparité sociale entre les deux établissements, qui peut paraître très violente.