On n’oublie jamais
J’ai toujours apprécié le cinéma du belge Lucas Belvaux. On se souvient avec plaisir de Chez nous, Pas son genre, 38 témoins, Les prédateurs. Cette fois, il adapte son propre roman paru en 2022. Ça vaut quoi la vie d’un homme ? D’un homme comme lui. Un homme sans rien. Skender, ancien légionnaire, le découvrira bien assez tôt. « Madame », veuve fortunée et passionnée de chasse, s’ennuie. Elle charge alors son majordome de lui trouver un candidat pour une chasse à l’homme, moyennant un très juteux salaire. Skender est le gibier idéal. Mais rien ne se passera comme prévu... 113 minutes glaçantes qui nous parle du « coût de la vie ».
Alors que, comme je l’ai dit, Belvaux adapte son propre roman, il a déclaré que ce drame constitue l’adaptation la plus difficile qu’il ait réalisée. On se dit, après les débuts du film, qu’on est parti pour une sorte de remake moderne des Chasses du comte Zaroff. Mais ce qui passionne ici, au premier chef, au-delà des mécanismes habituels que sont l'argent, l'amour et la mort, ce sont les rapports entre les êtres, de la confiance à la méchanceté, en passant par l'ambigüité. Les 4 personnages sont marqués par la vie, chacun à sa manière, pour des raisons différentes, mais aucun ne peut oublier le traumatisme dont il a été victime. Or, ce film qui déjoue toutes les attentes – d’où, pour une fois, l’intérêt de ne pas avoir lu le livre qui l’a inspiré -, jusqu’à un final que certains trouveront frustrant, quand d’autres apprécieront le twist final, bénéficie d’une réalisation diablement efficace simple et inventive, une interprétation ciselée et un suspens qui vous prend aux tripes sans vous lâcher une seconde. Fort, oppressant et troublant.
Le plus souvent, je n’apprécie que moyennement les performances de Niels Schneider, - excepté celle de Sympathie avec le diable -, mais, ici, je dois vouer qu’il m’a convaincu et embarqué de bout en bout. Il trouve en Ramzy Bedia, un formidable compagnon de jeu. Déborah François est très juste et sobre. Mais quel plaisir de retrouver Linh Dan-Pham, - la découverte d’Indochine en 1992 -, au mieux de sa forme. Donc, pour se résumer : un très beau casting, une mise en scène précise, un scénario imprévisible pour un drame ou comment le noir le plus profond devient lumineux… Tout à fait recommandable.