Quand, en juillet 1982, a été lancé un concours d'architecture international pour la construction de la Grande Arche de la Défense, un des grands projets de François Mitterrand, personne ne s'attendait à ce que, quelques mois plus tard, il soit remporté par Johan Otto von Spreckelsen, un architecte danois de 53 ans à peine connu dans son pays où il n'avait travaillé que sur 4 églises et sa propre maison. Cela n'a pas empêché cet architecte de se montrer très intransigeant au point de n'accepter aucune modification à son projet et de se battre avec force lorsqu'il rencontrait des problèmes avec les normes françaises et des restrictions budgétaires, surtout après la défaite électorale de la gauche en 1986 et l'arrivée de Alain Juppé comme ministre chargé du budget. Adapté du roman La Grande Arche de Laurence Cossé, L'inconnu de la Grande Arche montre avec beaucoup d'intelligence combien peut être difficile et frustrante la confrontation entre l'art et le réel, combien peuvent être acharnés les combats d'égo entre architectes et importants les problèmes rencontrés dans son couple avec Liv, personnage d'épouse de von Spreckelsen inventé pour les besoins du film, par un homme mettant trop d'affect dans son projet. Parfois très drôle, ce film montre la grande aisance de Stéphane Demoustier pour passer d'un genre à l'autre, de La fille au bracelet à ce film en passant par Borgo. Ce sont 2 interprètes danois qui interprètent les rôles de von Spreckelsen et de Liv : Claes Bang, tête d'affiche de The square, la première des 2 Palmes d'or de Ruben Östlund, et Sidse Babett Knudsen, qu'il n'est plus besoin de présenter. Michel Fau se montre très crédible en incarnation de François Mitterrand. Xavier Dolan se montre à son avantage dans le rôle de Jean-Louis Subilon, un haut fonctionnaire qui n'a pas réellement existé et qui symbolise la haute fonction publique en ayant été "construit" à partir de plusieurs personnages ayant vraiment existé. Quant à Swann Arlaud, l'architecte Paul Andreu dans le film, l'architecte de l'aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle, un des concurrents de von Spreckelsen qui va finir par accepter de devenir son second, il est parfait (comme d'habitude !).
Mon dieu, quelle épreuve que de voir ce film ! Si vous êtes professionnellement lié à l'architecture, vous vous sentirez sans doute obligé de vous infliger cela, puisque votre entourage vous en parlera... Eh bien bon courage ! Tout le processus de conception d'un projet architectural est ici passé à la moulinette d'une pénible ironie, dont on ne saisit pas bien le but. Si le réalisateur a si peu de respect pour les architectes, pourquoi consacre-t-il un film à ce sujet ? Les personnages sont réduits à l'état de pantins sans épaisseur. L'architecte apparaît comme une sorte d'illuminé spoiler: dont la psychorigidité extrême est indifférente aux basiques contraintes pratiques de la construction et des budgets . Ses intentions formelles sont présentées comme des caprices spoiler: d'une totale vanité (tel le fameux exemple des piliers de fondation, que seul Dieu verra...) . La seule chose à sauver est l'ensemble des décors numériques, bluffants de réalisme. On est aussi content de voir Xavier Dolan, spoiler: même s'il ferait mieux de se consacrer à son cinéma, bien supérieur à cette bouffonnerie .
Dans son film, Demoustier mêle avec réussite histoire, art, politique. La reconstitution est intéressante, l’histoire de cet inconnu est touchante et l’humour s’invite avec subtilité là où l’on l’attend le moins. Le format carré de l’image, sans doute un pont avec “le cube” , est atypique et accrocheur. Une agréable surprise tant sur le fond que sur la forme qui prouve encore la richesse du cinéma français.
Magnifique film ! Entre comédie et thriller , ce film nous raconte une histoire incroyable et étonnante ! Bravo à tous les acteurs et à Stéphane Demoustier pour ce film formidable sur la création artistique et son rapport avec le pouvoir
Chiant à mourir. Ce film scolaire au possible, sans âme, creuse sa tombe au fil des minutes : les scènes s'enchaînent dans une monotonie extrême pas loin de friser l'encéphalogramme plat. Le degré zéro de la création cinématographique.
Un film absolument passionnant et brillant sur la création, l’intégrité qui se heurtent aux rouages du pouvoir et de la politique Magnifique duo entre cet architecte et Mitterand Une histoire dingue et sublimement mise en scène !
Un très très grand film, le scénario tiré de l'histoire vraie de la construction de l'arche de la défense est incroyable, c'est ludique, c'est drôle, mais c'est surtout c'est très intelligent ! En bref une comédie jubilatoire à voir en famille !
Ai vu « L’inconnu de la Grande Arche » de Stéphane Demoustiers. Voilà un film passionnant qui sort totalement des sentiers battus. Aucune histoire d’amour, pas de violence physique, pas de sujet de société, pas d’exotisme. D’ailleurs cette histoire qui date de la fin des années 80 est presque totalement passée inaperçue. Johan Otto Von Spreckelsen est un architecte danois, foncièrement méconnu et qui n’a pas produit grand chose, mais il vient de gagner le concours International pour un des projets phares du bi-centenaire de la Révolution Française : La Grande Arche de la Défense. Projet pharaonique pour un Président très royal qui a lancé en même temps les travaux de la Pyramide du Louvre et l’Opéra Bastille. Très vite l’artiste-architecte va se confronter à la Cour de François Mitterand et devra jongler avec les règles, les lois, la hiérarchie, les passe-droits, les coups bas et les aléas de la politique française. C’est un vrai film sur un artiste idéaliste qui veut réaliser l’oeuvre de sa vie : Un Cube dans l’axe de l’Arc de Triomphe. Le film extrêmement documenté et qui s’inspire du livre de Laurence Cossé est construit comme un polar, où chaque appel téléphonique, chaque fax, chaque rendez-vous est une « galère » supplémentaire et insurmontable. La post-production est absolument étonnante et permet des effets spéciaux qui nous plongent au coeur des travaux sur le site de la Défense dans les années 80. Michel Fau est une évidence dans le rôle de l’impassible Président de la République, Xavier Dolan est formidable dans celui du responsable des finances, et Swann Arlaud au charisme fou dans celui de Paul Andreu architecte français de renom. La mise en scène, le cadre, les perspectives, tout nous rappelle en permanence tel un fil rouge, le Cube. Un des films les plus passionnants sur l’architecture et sur la cohabitation presqu’impossible entre le processus de création et le monde implacable des politiques. Sans oublier d’être drôle à cause de situations absurdes le film est palpitant et édifiant.
En 1983, Johan Otto Von Spreckelsen est sélectionné lors d'un concours d'architecture pour construire un bâtiment majeur à La Défense. Inconnu des professionnels et des bureaucrates du gouvernement, il a une vision artistique très marquée et se lance dans la construction d'un gigantesque cube, soutenu par un président de la République emballé par sa fibre et sa radicalité. Malheureusement, le projet a ses obstacles.
spoiler: "L'inconnu de la Grande Arche" est un récit très intéressant qui raconte la construction de l'arche de La Défense. L'intrigue ne souffre d'absolument aucun ralentissement : on court avec le personnage de scène en scène, de déconvenue en déconvenue sous le regard presque divin d'un Mitterrand exalté. J'ai trouvé les pointes d'humour très piquantes et de bon ton : la salle toute entière s'est fendue la poire conjointement à certains moments très bien construits. Malgré tout, on aurait pu s'éloigner un peu du chantier pour explorer les années 1980 du point de vue danois.
Cet Inconnu de La Grande Arche qui n'est autre que l'architecte du projet, Otto (au nom de famille imprononçable), pertinemment incarné par Claes Bang, parvient à nous faire comprendre les relations complexes et conflictuelles qui existent entre un artiste intransigeant et un pouvoir politique changeant tributaire de contingences budgétaires, au détriment de la réussite de l'œuvre d'art de commande et validée. J'ai été bluffé par la maîtrise de la mise en scène, du cadrage et par la restitution réaliste du chantier de la construction de l'Arche que son créateur appelle d'ailleurs Le Cub : une véritable prouesse technique cinématographique selon moi. Les rivalités, les jeux de pouvoirs habilement calés nous plongent dans les coulisses des artistes et des politiques qui, bon an mal an, réussissent tout de même à trouver des solutions pour peu que l'architecte accepte de manger son chapeau ou de disparaître à tout jamais en retombant dans l'anonymat ou même de mourir...
Le livre est clairement super documenté et est à l'évidence un matériau de basse solide et crédible même si le film lui se permet d'ajouter un personnage, un personnage inventé pour le film et qui sert surtout de caution morale et féministe. Mais ça reste un paramètre excusable et à la fois un peu anecdotique sur la trame générale. En effet, ce qui nous intéresse reste le processus de la construction de la fameuse, ou plutôt du fameux cube, et de savoir comment l'architecte a fini par jeter l'éponge. Au départ c'est un peu maladroit avec des invraisemblances administratives plus gênantes qu'autre chose, puis vers la fin des points litigieux ridicules... SPOILERS voir site... Finalement, au lieu d'explorer le prisme artistique autour de l'architecture on reste focaliser sur un homme dont l'ego rêve du "projet de sa vie" et qui semble avoir droit à un chèque en blanc. C'est à un point où il devient même antipathique, au point que l'architecte Paul Andreu/Arnaud vole la vedette du personnage principal, faisant ainsi un écho involontaire à ce que semble insinuer le film. Et pourtant, c'est un film qui vaut le détour, assez authentique et sincère pour apprendre et comprendre un projet dans son époque. Note de justesse Site : Selenie
L'architecture est ces derniers temps pourvoyeuse de très bons sujets de film.
Après l'ambitieux The brutalist, voici la très intéressante chronique qui raconte comment un inconnu, le Danois Otto von Spreckelsen, a remporté le concours lancé par François Mitterrand, qui a abouti à la construction de la Grande Arche de la Défense.
Le film de Stéphane Demoustier est à la fois instructif (on découvre que le résultat final est assez différent du projet initial), profond (la résilience obsessionnelle des créateurs est magnifiquement illustrée) et émouvant (la solitude de l'architecte est poignante).
L'inconnu de la Grande Arche est certes d'une facture très classique, mais sa qualité réside principalement dans le casting en tout point parfait. Claes Bang est extraordinaire, et Xavier Dolan, Michel Fau, Swann Arlaud et Sidse Babett Knudsen sont tous très convaincants.
On approche de nombreux sujets dont la variété est un véritable intérêt : la rouerie de Mitterrand, la lourdeur de l'administration française (déjà !), les sublimes carrières de Carrare.
Le tout donne furieusement envie de visiter ce bâtiment emblématique mais au final assez mal connu.
L'art est-il soluble dans la politique ? Vaste question, on se la pose assez souvent devant l'écran. Stéphane Demoustier n'a même besoin d'établir le parallèle pour qu'on le dresse naturellement devant la drôle de destinée de Johan Otto von Spreckelsen. Illustre inconnu pour le plus grand nombre, l'architecte danois est pourtant celui qui fut sélectionné pour son projet de la Grande Arche de la Défense. Sauf que derrière les honneurs, les émoluments et les poignées de mains, l'homme va devoir composer avec les normes et les bouleversements de la vie politique. Et il va être servi dans les années 80. En adaptant le livre de Laurence Cossé, le réalisateur conserve cette distance raisonnable - qui réussissait déjà sur son brillant Le fille au bracelet - et permet un récit exempt de posture caricaturale sur le projet d'une vie. Car si un seul l'a imaginé, il fallait bien toute une équipe pour lui donner vie. Et le propre de toute entreprise de cette envergure, c'est le compromis. On suit naturellement le personnage d'Otto, son admirable méticulosité mais également son caractère intraitable. A-t-il raison ou a-t-il tort, là n'est pas la question puisqu'il se retrouve dans un cas typique où les aspirations artistiques se heurtent à des impératifs économiques, des normes spécifiques,...Dans de telles conditions, et c'est l'une des réussites du film, il n'y a pas de méchant. Les prises de becs et tournants dramatiques sont révélateurs autant des forces et faiblesses d'Otto que de cette formidable machine trop complexe pour être menée par un seul esprit. L'inconnu de la Grande Arche, c'est de l'or en barre pour ses acteurs, qui se montrent à la hauteur de l'offrande. Claes Bang tranche comme un rasoir, Swann Arlaud est exemplaire et Xavier Dolan donne un peu d'air dont l'intrigue à besoin sous peine de devenir maussade. Ce qu'elle est, en fin de compte. Et s'il est intéressant de voir que deux films sur des architectes ont ouvert et fermé l'année 2025, Demoustier en dit plus en 1h40 sur la difficulté du geste artistique que Brady Corbet et son pétard mouillé de 3h30 The Brutalist.
Un scénario original, sur un sujet a priori jamais traité, nous amenant dans les coulisses de la construction de la pharaonique et symbolique Grande Arche de La Défense. Un projet, une ambition, portés par François Mitterrand dont les spectateurs contemporains de cet homme d’Etat se délecteront. L’acteur Michel Fau se glisse avec talent dans la posture de François Mitterrand. De mémoire de cinéphile, c’est la première fois que l’ancien Président de la République est porté à l’écran. Sur le fond du sujet, il manque simplement le côté mystique et ésotérique de la réalisation dont seuls les initiés ont quelques repères. Cela-dit, le thème c’est l’inconnu de la Grande Arche, lire l’architecte Danois sorti de nulle part mais gagnant du concours d’architecture. François Mitterrand est en second plan.